Critique : « 40 ans : mode d’emploi », un film de Judd Apatow

40 ans : mode d’emploi De Judd Apatow Avec Paul Rudd, Leslie Mann, comédie

Affiche du film 40 ans mode d'emploi

Étonnant est le succès critique français de Judd Apatow, souvent désigné dans nos contrées comme le « pape de la comédie US ». Si l’on se doit de reconnaître que 40 ans, toujours puceau ainsi que En cloque, mode d’emploi bénéficient, il est vrai, d’une réelle capacité à faire rire tout en évitant de sombrer dans un tourbillon de caricatures pourtant propice aux sujets qu’ils traitent, il reste difficile d’y voir des œuvre importantes de la comédie américaine contemporaine : efficaces mais finalement peu marquants, les films d’Apatow se dévorent aussi vite qu’ils s’oublient. Reconnaissons aussi que le réalisateur dispose de ce talent rare qui est de révéler de nombreux acteurs, aujourd’hui incontournables dans le monde vaste de la comédie américaine – on pense notamment à James Franco, Jonah Hill ou encore Seth Rogen. Mais cela ne suffit pas à faire de ses longs-métrages les œuvres majeures que beaucoup nous vendent.

On savait Apatow intéressé par la mise en scène comique de la fatalité de l’existence – l’âge, la maladie –, et 40 ans : mode d’emploi ne vient pas déroger à la règle. Comme son titre l’indique, le film traite de la crise de la quarantaine, à travers le couple que forment Pete et Debbie, parents de deux jeunes filles. Si les thèmes restent donc globalement les mêmes, l’angle abordé change radicalement des productions qui ont forgé la popularité du réalisateur américain. Fini l’humour gras et vulgaire de l’époque 40 ans, toujours puceau : ici, les blagues se mêlent aux questions existentielles que la vie de quarantenaires implique par nature – on y parle couple et enfants, principalement. Au sein de séquences volontairement absurdes s’accumulent alors de nombreuses problématiques modernes qui vont des familles monoparentales à l’influence des nouveaux écrans sur les enfants. Ce virage de la maturité n’étonnera finalement guère, dans le sens où celui-ci fut amorcé en 2009 par le médiocre Funny people, film qui marque un tournant dans la carrière du cinéaste. Souhaitant devenir plus qu’un « faiseur de rire », l’homme ose en effet désormais exposer une vision aussi grave qu’insolente des situations qu’il filme, le tout dans un format plutôt audacieux – Funny people et 40 ans : mode d’emploi durent chacun près de 2h20, ce qui est considérable pour des comédies. Les films d’Apatow évoluent ainsi avec lui, et cela se ressent grandement à l’écran.

Cependant, difficile de voir en 40 ans : mode d’emploi l’œuvre d’un auteur, tant le film souffre, malheureusement, d’un important problème d’équilibre. Coincé entre une volonté d’affronter à la fois avec sérieux et humour les dramaturgies qu’il présente, 40 ans : mode d’emploi peine réellement à faire rire tout en étant beaucoup trop caricatural pour prétendre émouvoir son spectateur. Pourtant, sa structure faite d’une multitude de chroniques établies dans un contexte bien précis aurait pu produire cette profondeur qui lui manque terriblement, faute à des personnages stéréotypés auxquels on ne peut s’identifier et des évènements simplistes au possible. Exemple parmi tant d’autre, la séquence qui voit l’entourage du couple se réunir à la fête qu’il organise accouche d’une série interminable de situations à la banalité irritante et à l’intérêt scénaristique nul. Apatow n’arrivera jamais à exploiter les nombreux enjeux de son scénario et ne fera qu’y apporter le regard aveugle de sa caméra qui abuse de champ / contre-champ digne d’une vulgaire série télévisée.

Au-delà de tout, l’ennui majeur reste que les moments propices au rire se comptent sur les doigts de la main. Alors oui, certaines séquences contiennent des répliques savoureuses. Mais cela ne suffit pas à faire un film, surtout quand celui-ci dure plus de deux heures.

Bruno R.

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