Critique : « L’autre monde », un film de Gilles Marchand

L’autre monde De Gilles Marchand Avec Grégoire Leprince-Ringuet, Louise Bourgoin, Drame

Affiche du film L'autre monde

Présenté au Festival de Cannes cette année, L’autre monde, réalisé par le français Gilles Marchand, débarque enfin dans nos salles obscures. Abordant d’une manière plutôt décousue la réalité virtuelle, comme certains aiment la nommer, L’autre monde apparaît comme un divertissement raté et comme du cinéma vide de toutes émotions et de toute vitalité. Par son approche approximative et providentielle d’un véritable phénomène de société, à savoir le jeu multijoueur et son addiction, le film du cinéaste français manque complètement sa cible. Et c’est peu dire.

Un scénario peu convaincant

Gaspard et Marion, jeune couple tout juste formé, vont découvrir par le fruit du hasard un téléphone portable appartenant à une mystérieuse « Sam ». Ce sera le début d’une incroyable aventure qui conduira Gaspard vers la belle Audrey, une jeune blonde passionnée par un jeu de rôle en ligne dénommé « Black hole ». Découverte qui le mènera vers le sombre chemin de la crise identitaire, où l’amour et la quête de soi se mêlent dangereusement.

Derrière ce scénario au classicisme effroyable se cache une succession de situations plus grotesques les unes que les autres. Dès le début du film, le spectateur est prévenu. A travers un parallélisme pas si évident que semble le suggérer Gilles Marchand, L’autre monde débute par la cohésion imagée de scènes issues de « Black hole » et de scènes réelles où les protagonistes y effectuent les mêmes actions, à savoir sauter dans le vide. Le scénario enchainera ensuite une multitude de grossièreté où les situations hasardeuses, et donc peu probables, se multiplieront. Le sens des choses ne semblait décidément pas être une des priorités du réalisateur et du scénariste. Dommage, car, pour le coup, la fusion entre le spectateur et le film parait peu probable, tellement ce dernier est surréaliste, contrairement à son univers traité d’une façon froide et caricaturale.

Le scénario est ainsi incroyablement maladroit en présentant, par exemple, le monde des jeux virtuels comme un monde uniforme et techniquement parfait. Là aussi, pour ceux qui connaitraient ne serait-ce qu’un peu les jeux en réseaux, la crédibilité de « Black hole » est tout simplement nulle. Et c’est là le principal défaut profond de L’autre monde : la cohésion du monde réel, traité d’une manière plutôt réaliste dans sa forme, avec celui du monde virtuel, qui est raté à la fois visuellement et intrinsèquement, est ratée et donc dommageable. Comme si cela ne suffisait pas, le coté moralisateur du film est d’une banalité exécrable car sans aucunes profondeurs. Les idées préfabriquées, que ce soit au niveau des jeux vidéo ou au niveau de la jeunesse et de sa vitalité, ne seront jamais dépassées et toujours présentées de manières grotesques et insolentes. Les jeunes, que Gilles Marchand ne doit pas souvent fréquentés, sont diabolisés comme rarement à travers des situations, une fois de plus, grotesques et, d’un point de vue scénaristique, inutiles. Comme ces scènes de rodéo où les protagonistes confondent jeu et réalité morbide. Quelle platitude incroyable !
A l’image aussi des scènes sensuelles où Gaspard et Marion s’entremêleront chaleureusement. Ces scènes, où l’émotion devrait apparaitre comme un des ingrédients fondateurs, seront toujours mal amenées et surtout toujours mal traitées. Le geste immaculé de la première relation sexuelle sera terni par une mise en scène exécrable, notamment à cause de musiques particulièrement mal adaptées. Et ce n’est surement pas la caméra à l’épaule, permettant une certaine intensification de l’image, qui rattrapera la fausse note.

Complètement décousu

Ces nombreuses aberrations scénaristiques et symboliques ne sont malheureusement pas aidées par une réalisation tout simplement ratée. D’un point de vue purement technique, le naufrage est total : le montage est parfois digne d’un film amateur (comme cette scène où le jour fait place à la nuit entre deux plans !), le rythme est raté, la plupart des plans manquent de créativité, et la prestation générale des acteurs est passable. Louise Bourgoin n’est définitivement pas une grande actrice, même si, il est vrai, son rôle fade et froid ne l’aide pas. Grégoire Leprince-Ringuet, incarnant le personnage principal, n’arrive pas à tenir la cadence d’un film souffrant indéniablement d’un complexe d’infériorité.

Sur sa forme, le film apparaît incroyablement décousu. Alternant des scènes à l’intérêt plus que discutable et sans aucuns liens directs avec l’intrigue, Gilles Marchand se perd dans un mélange incroyable de situations qui souligne un manque évident d’ambition et de perfectionnisme. Et qui créé un faux rythme abominable. De plus, le message de L’autre monde est peu évident. Les mondes virtuels peuvent être nocifs et permettent l’usurpation d’identité ? Rien de bien nouveau. La jeunesse connaît une crise identitaire sans précédent ? Bof. Le questionnement est ainsi d’une platitude incroyable. A l’image du film.

Un tel échec parait incroyable. L’autre monde est un film tellement raté que l’on peut se demander ce qu’il faisait à Cannes. Gilles Marchand n’arrivera donc jamais à assumer le rôle inavoué de son œuvre: proposer une réflexion convenable sur un ton divertissant. A éviter.

Bruno R.

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