Critique : « Buried », un film de Rodrigo Cortés

Buried De Rodrigo Cortés Avec Ryan Reynolds, Thriller

Affiche du film Buried

Présenté au Festival de Deauville en septembre dernier, Buried – «enterré» en français – avait créé l’évènement par son scénario assez sensationnel: Paul Conroy, camionneur américain débarqué en Irak, se réveille enfermé dans un cercueil accompagné d’un téléphone portable, d’une lampe torche, d’un briquet et d’un couteau. Malheureusement, derrière l’audace de ce récit horrifique, mais aussi politique, se cache un film qui manque indéniablement de profondeur: pendant plus de 90 minutes, le spectateur assiste en effet à une succession de non-évènements qui enlise une narration efficace dans des vertiges de conformisme. Amer constat, tant le film de l’espagnol Rodrigo Cortés parvient néanmoins à convaincre avec une classe évidente.

Miser sur l’angoisse

Toute la tension dramatique de cette chronique repose évidemment sur l’immobilisme de son personnage principal, véritablement amputé de chacun de ses membres. Car en choisissant de concentrer l’intégralité du propos dans ce cercueil étroit et poussiéreux – aucune autre image n’apparaitra –, le réalisateur espagnol a choisi de privilégier l’intimité partagée entre le spectateur et le protagoniste afin d’accroitre l’empathie que l’on éprouve envers ce personnage digne d’un drame théâtral.

Le téléphone portable, véritable faire-valoir du scénario, permettra au misérable Paul Conroy d’établir une relative communication avec l’extérieur, source de réconfort mais aussi paradoxalement de nervosité. Là encore, la rareté de l’énergie – le téléphone est à moitié déchargé – accentuera le malaise des spectateurs, craignant une coupure imminente de l’appareil sur qui dépend la vie du personnage. Dans le même sens, le briquet allumé dans cet espace profondément inconfortable stimule les sens en créant une désagréable sensation de chaleur et de suffocation. Cette surcouche d’effets anxiogènes, couplée à une situation des plus calamiteuses, fera du film une véritable torture psychologique aux spectateurs les plus sensibles.

Les personnes claustrophobes ne resteront donc pas insensibles à cet exercice de style, tandis que les autres jugeront cette situation foncièrement injuste: ce jeune camionneur, étranger aux évènements qui se produisent en Irak, apparait en effet comme l’otage direct d’un système oligarchique aux aspérités expansionnistes – et non comme l’otage d’un groupe de rebelles, conséquence d’une gestion calamiteuse du conflit armé irakien. L’absurdité d’une guerre définitivement avortée est ainsi soulignée avec une profonde subtilité: Buried est un un film politique qui use de l’anxiété de son protagoniste – son espérance de vie est limitée à 90 minutes – pour poser les bases d’un pamphlet virulent. Dénonçant les surcouches administratives qui font rompre les liens entre une réalité de terrain et une image fantasmée de société, le film propose un état laborieux de la surpuissance américaine désarmée face aux multiples crises irakiennes.

Un défi scénaristique

Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, le film de Rodrigo Cortés ne souffre en aucun cas d’une écriture maladroite: le rythme, grand ennemi de ce genre d’exercice, tient en effet une cadence prodigieuse qui fera de Buried un film incessamment intriguant. A l’image de l’envolée émotionnelle de ses derniers instants – son enjeu reste en suspens jusqu’à la dernière seconde –, la trame de Buried est menée avec un brio indéniable, ponctuée par des allers-retours téléphoniques incessants. De plus, servi par l’interprétation convaincante et sans supercheries de Ryan Reynolds, le film ne manque pas de sincérité et parviendra alors à immiscer le spectateur dans son univers morbide – le cercueil – et paranoïaque – le spectre d’un complot.

Néanmoins, les différents évènements qui viendront ponctuer ce récit linéaire resteront ancrés dans un traitement des plus formalistes. Tous les clichés habituels sont en effet épiés avec une assurance étonnante: la femme inquiète du sort de son mari, le méchant irakien à l’accent caricatural demandant une rançon impossible, l’apparition providentielle d’un serpent tombé du ciel ou encore le parallèle avec un autre otage font du film un condensé de banalités scénaristiques, directement empruntées aux films traitant de rapts et autre séquestrations. Le schéma narratif souffre alors d’une platitude effroyable: en enlevant son arrière-plan morbide et inédit, Buried est un film particulièrement stérile, une anecdote cinéphilique inédite mais paradoxalement peu marquante.

Bruno R.

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