Critique : « Dark Shadows », un film de Tim Burton

Dark Shadows De Tim Burton Avec Johnny Depp, Eva Green, comédie

Affiche du film Dark shadows

Fruit de la huitième collaboration entre Tim Burton et Johnny Depp, Dark Shadows a la lourde tâche de faire oublier l’incroyablement mauvais Alice au pays des merveilles, sorti en 2010, qui fut incontestablement le projet le plus raté du cinéaste. En pariant sur Dark Shadows, adaptation assez libre d’une série télévisée américaine de la fin des années 60 – riche de plus de 1200 épisodes –, Tim Burton mise avant tout sur un univers qu’il connaît parfaitement et à qui il a voulu rendre hommage à travers un film résolument moderne et nostalgique.

Un film-hommage

Dark Shadows est l’histoire de Barnabas Collins, un bourgeois anglais du XVIIIème siècle qui fut transformé en vampire par Angelique Bouchard, une sorcière amoureuse de lui dont il refusa les charmes. Désireuse d’accentuer son châtiment, cette dernière l’enferma vivant dans un cercueil dans le but de lui infliger une souffrance éternelle. Près de deux siècles plus tard, en 1972, son cercueil est retrouvé par des ouvriers et le vampire qu’est devenu Barnabas doit réapprendre à vivre dans le monde moderne du XXème siècle.

Il faut savoir que, depuis sa plus tendre enfance, Tim Burton est un fan inconditionnel du genre auquel appartient Dark Shadows, à savoir la comédie fantastique. Sa passion pour le cinéma n’est pas d’ailleurs pas étrangère à ce genre atypique qui fut, à cette époque, très prolifique.

Les années 70 de sa jeunesse, l’humour loufoque – très proche de celui de Mars Attacks! -, le second degré permanant, ou, évidemment, la présence de Johnny Depp, sont autant d’éléments qui montrent que Dark Shadows est un projet très personnel qui tient très à cœur au cinéaste, désireux de se racheter après son calamiteux Alice. Les références sont d’ailleurs extrêmement nombreuses, la première étant l’allure de Barnabas, véritable version comique de Nosferatu dont Tim Burton est un fan inconditionnel. Il en va de même des musiques – encore composées par Danny Elfman –, des décors rappelant ses précédents films – du port de Sweeney Todd à la forêt d’Alice –, des histoires de certains personnages qui font miroir à sa propre vie – notamment celle du jeune David – ou encore de cette manière si particulière d’accentuer au possible les dualités qui bâtissent l’univers du film et, finalement, de toute son œuvre.

Peu émouvant

Pour autant, il serait difficile de qualifier Dark Shadows de film purement burtonien – dans le sens le plus noble du terme. S’il est évident que le style du réalisateur colle à l’essence même du film, ce dernier ne reste pas moins orphelin d’une certaine magie à laquelle Tim Burton nous avait habituée dans nombre de ses films. C’est d’ailleurs l’une des grandes forces de son cinéma qui, malgré un univers des plus fantaisistes, ne tombait jamais dans la vulgarité, ni dans la simplicité narrative et encore moins dans le grotesque. Avec Dark Shadows, force est de constater que de nombreuses séquences paraissent veines, tant leur apport au récit est d’un intérêt plus que contestable. Exemple parmi tant d’autres, la séquence finale est incroyablement naïve, avec ses lots de révélations qui n’en sont pas et sa réalisation digne d’un vulgaire blockbuster cherchant le sensationnalisme dans le moindre de ses plans. Pis, le rythme y est incroyablement mal maitrisé tant la séquence traine en longueur, entre la mise en place du combat final et de l’épilogue qui se veut faussement émouvant. Finalement, Dark Shadows est un film outrageusement conformiste qui propose une réalisation très terne et sans aucune originalité. A l’image du casting, la prise de risque est quasiment nulle – un comble pour Burton –, le film se contentant, péniblement, de remplissage. Tout est trop lisse et trop simpliste pour réellement convaincre.

En jouant constamment sur les mêmes effets comiques – pas toujours réussis, certes –, le film fait néanmoins preuve d’une très grande habilité à jouer avec les tons en proposant un second degré diablement efficace. Comme à son habitude, Burton use de la figure de son personnage principal pour imposer un pathétisme comique. Las, le film n’arrivera jamais à pleinement exploiter la dramaturgie de son récit, pourtant réelle.

Bruno R.

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