Critique : « Drive », un film de Nicolas Winding Refn

Drive De Nicolas Winding Refn Avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Drame

Affiche du film Drive

Grâce à ses deux derniers longs-métrages (Bronson en 2009 et Le Guerrier silencieux l’année suivante), Nicolas Winding Refn est parvenu à obtenir le statut flatteur, voire apologétique, de cinéaste prometteur ; reste que la crainte de voir l’espoir transformé en pétard mouillé était des plus grandes. Heureusement, avec son nouveau film – récompensé au dernier Festival de Cannes par le prestigieux Prix de la mise en scène –, le talentueux réalisateur danois réussi à surpasser ses précédentes performances : Drive est un film polymorphe animé par une maitrise de la narration et de la mise en scène comme rarement vue au cinéma cette année. Une superbe réussite qui transporte son spectateur dans les abimes d’un univers digne des meilleures séries B.

Drive démarre par l’anxiété d’un braquage risqué. On y découvre un pilote qui n’est autre que le personnage principal. Nous ne connaitrons jamais son nom. La blondeur de sa chevelure n’a d’égal que son incroyable charisme – malgré ses expressions figées dignes d’un mannequin de cire. Très rapidement, le spectateur comprend que ce personnage est d’une incroyable froideur : ses yeux bleus sont porteurs d’un jugement permanent. Le braquage foire. La police débarque. Mais le pilote parvient, avec un professionnalisme fascinant, à sauver son équipage. Le voilà désormais seul, errant dans son appartement vide, loin du chahut des sirènes de police. La journée se termine comme elle avait surement commencé.

Suivie d’un générique magnifique qui dévoile sans concessions l’intimité de ce personnage, cette impressionnante séquence d’introduction est peut être le seul défaut de ce film qui joue, tout au long de son déroulement, à l’équilibriste. Le rythme donné par l’importante tension créée par l’évènement ne trouvera en effet aucun écho dans la suite du récit, qui se voudra nettement plus appliquée et contemplative. L’important est ailleurs : Refn, passé maitre du cadrage, offre sa vision personnelle du thriller contemporain, celui où le héros redevient le maitre de son destin. Et cette vision passe d’abord par une approche intimiste et figurale de la personne.

Se succèdent ainsi nombre de séquences planeuses, présentant avec attention l’avancé d’un récit maitrisé par les tripes et bâti autour d’un idéal de liberté. L’origine et la destination du pilote nous resteront inconnues : sa figure est une métaphore volatile. Le moment qui voit sa voiture en propulser une autre dans le décor sans aucun dommage matériel ni humain est l’exemple le plus frappant de cette constatation : ce pilote est un spectre qui hante ses ennemis avec la plus grande des dextérités. Si la rencontre avec Irene pourrait faire croire à un semblant d’humanité venant de sa part, la séquence, terriblement cruelle, de l’ascenseur prouve que cet être reste d’abord une carcasse de violence. Le véhicule devient alors une échappatoire, une issue.

L’attrait du film pour son penchant fantastique permet d’offrir à son autre face – le thriller – toute la puissance qui lui était nécessaire. Si le scénario reste simpliste – le pilote souhaite aider le compagnon de sa voisine à effectuer un braquage –, la densité avec laquelle le récit évolue est simplement grandiose, notamment grâce à une maitrise épatante de la mise en scène. Le film agite en effet un dogme esthétique qui lui est propre, basé sur la complémentarité entre une photographie des plus travaillées et une approche spectrale de l’espace. Chez Refn, la mise en scène redevient un moyen permettant d’exprimer une beauté devenue secrète. Si le coté contemplatif de sa caméra ne plaira pas au plus grand nombre – Ryan Gosling semble poser à chaque plan –, la puissance avec laquelle le cinéaste raconte son histoire est véritablement sublime.

Bruno R.

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