Critique : « Ed Wood », un film de Tim Burton

Ed Wood De Tim Burton Avec Johnny Depp, Martin Landau, Comédie

L’alchimie est quelque chose de surprenant. Prenez deux ingrédients, mélangez les, fusionnez les, secouez le tout et vous obtiendrez de bien curieuses préparations. Ed Wood, filmé par l’irrésistible Tim Burton, fait partie de ces curieuses préparations, qui mêle réel et imaginaire avec une étonnante simplicité.

Le film retrace en effet l’histoire vraie d’un drôle de personnage, Edward Davis Wood Junior, qui fut désigné « le plus mauvais cinéaste de toute l’histoire du cinéma ». Mais au service de ce récit, Tim Burton a choisi de jouer sur les sens, l’émerveillement et le rêve. Ce résultat unique, servi par des acteurs de grande classe, est d’une surprenante réussite.

Le plus personnel des films de Tim Burton

Le ton imaginaire est donné dès les premiers instants du film. Dans un vieux cercueil, un mort refait surface sur la terre pour nous présenter le spectacle que nous allons découvrir d’ici peu. S’en suit ensuite d’un générique morbide mais très humoristique, avec une caméra qui flotte entre des pierres tombales gravées des noms des différents protagonistes. Le tout avec un sublime noir et blanc, en référence aux anciens films d’horreur dont Burton raffolait dans sa jeunesse. Car si Ed Wood est incontestablement un réalisateur au talent inférieur à celui de Burton, ce dernier a choisi de s’approprier ce personnage en y reflétant sa propre image sans jamais tomber dans la surenchère.

Ed Wood est jeune, passionné de cinéma mais dénué de tout talent. Cherchant par tous les moyens un producteur qui lui accorderait sa confiance, Ed Wood rencontrera, par le fuit du hasard, son acteur fétiche, Béla Lugosi, qui sera pour lui une incroyable opportunité. Car faire jouer cet acteur dans l’un de ses films serait un gage de réussite commerciale, dans un monde où le profit est la cause de tout investissement. Cette relation amicale est bien entendu un énorme clin d’œil aux débuts de Tim Burton, qui fut lui aussi passionné par un acteur (Vincent Price) et qui eut l’incroyable chance de pouvoir le rencontrer et de faire un court-métrage avec lui («Vincent»).

Mais la ressemblance entre les deux réalisateurs ne s’arrête pas là. Pendant tout le film, Tim Burton nous présente un Ed Wood complètement décalé, vivant dans ses rêves et refusant la réalité. Ses films, qui ressemblent plus à des farces, sont complètement incompris mais celui-ci, naïf, ne s’en rendra jamais compte, surfant sur son enthousiasme et sur son envie folle de cinéma. L’incompréhension du néophyte d’un monde où règnent l’argent et les films sur commandes est particulièrement suggérée par des dialogues savoureux, souvent drôles et toujours justes. Là est encore une référence aux débuts houleux de Tim Burton, qui fut censuré par Disney car jugé pas assez conventionnel. Le film est ainsi une réelle critique d’Hollywood, qui produit non pas des artistes, mais plutôt des pantins à la personnalité superficielle. Une réelle déclaration d’amour à la magie du vrai cinéma.

Une esthétique sublime

Ce récit est servi par une esthétique magnifique qui rend hommage de la plus belle des manières aux films d’horreur des années 1930. Le noir et blanc très gras, les transitions en fondue et le piano mélodique créent une ambiance complètement décalée avec les images dont nous sommes les témoins. Une ambiance repoussante, glauque et noire résulte de tous ces procédés avec une intelligence rare. Cependant, une réelle dualité, comme toujours avec Burton, est créée avec l’atmosphère générale du film, très drôle et parfois émouvante. Cette incroyable performance est notamment réussie grâce à la sublime prestation de Johny Depp qui incarne avec brio le personnage qui donne son nom au film: ses mimiques, l’intonation de sa voie et sa justesse sont d’une incroyable limpidité et d’un impressionnant naturel. Indéniablement très proche du sommet de son art, l’acteur porte à lui-seul l’intégralité du film en nous livrant l’une de ses meilleures prestations. Car le fascinant personnage d’Ed Wood était d’une complexité rare à interpréter, notamment car il est doté d’une personnalité atypique. Les autres acteurs sont eux-aussi formidables et soulignent ainsi tout le perfectionnisme de Burton.

La mise en scène reste quant à elle assez classique mais indéniablement virtuose. Les plans sont simples mais toujours parfaits – notamment quand les films d’Ed Wood sont (re)filmés par la caméra de Burton, ou dans le jeu des lumières, accentué il est vrai par le noir et blanc.

Des films dans le film

Finalement, pour présenter au mieux le personnage intriguant et fascinant qu’était Ed Wood, Tim Burton a choisi de filmer ses propres films. Ainsi sont filmés trois films du cinéaste, à savoir Glen or Glenda?, Bride of the Monster et Plan 9 from Outer Space. Ce choix judicieux permet de parfaitement représenter la naïveté mais aussi l’amour qu’Ed Wood avait envers le cinéma, malgré toutes les peines que ce dernier lui donné.
Malheureusement, ce choix aboutit aussi à une certaine redondance, due notamment à la longueur peut être excessive du film (2h06), certaines situations étant finalement assez répétitives. La seconde partie du film est ainsi inférieure à la première, plus soignée car plus palpitante et intrigante.

Véritable ode au cinéma d’antan, Ed Wood apparaît comme un film unique, grâce à une réalisation sublime qui réussi l’incroyable performance d’allier avec justesse un univers réel mais aussi imaginaire, calqué sur le monde dans lequel vit Ed Wood. Un sublime hommage, très personnel et très émouvant, d’un personnage incompris et qui vécut toute sa vie dans le mépris le plus total.

Bruno R.

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