Critique : « Enter the void », un film de Gaspard Noé

Enter the void De Gaspard Noé Avec Nathaniel Brown, Paz de la Huerta, Expérimental

Affiche du film Enter the Voïd

Les films de Gaspard Noé sont des films qui ont la faculté d’incroyablement diviser leur public : propos dur, mise en scène léchée mais brutale, violence omniprésente. Enter the void débarque ainsi dans un climat d’intense nervosité, notamment suite aux nombreuses polémiques du précédent film du réalisateur, à savoir Irréversible, qui était particulièrement réussi même si imparfait.
Une phrase de Jim Morrison pourrait résumer à elle seule le propos d’Enter the void : « Dans la vie, j’ai eu le choix entre l’amour, la drogue et la mort. J’ai choisi les deux premières et c’est la troisième qui m’a choisi ». Oscar, adepte de drogues en tout genre, vit avec sa sœur Linda à Tokyo. Au cours d’une soirée banale, Oscar se fera assassiné par la police. Son esprit erre maintenant sans fin dans les rues de Tokyo et Oscar assiste ainsi impuissant à son après-mort. Tout un programme.

Un trip hallucinatoire inédit

Sur le papier, le scénario paraissait particulièrement intriguant, surtout quand on connaît le talent du réalisateur. La quasi-totalité du film est filmée en vue à la première personne, tout n’étant qu’intrusion dans le regard et dans les images d’Oscar. La caméra de Gaspard Noé fait ici des merveilles : comme un esprit, cette dernière, en perpétuel mouvement, flotte dans les airs et se déplacent avec des mouvements d’une extrême fluidité comme rarement vu dans le cinéma. Les plans s’enchainent instantanément, créant une confusion parfaite et permettant une sublime continuité dans des images qui se déroulent dans différents endroits et à différents moments.

Un régal de mise en scène qui permet de retranscrire d’une merveilleuse façon le trip hallucinatoire du personnage principal. Car le propos d’Enter the void n’est certainement pas une dénonciation de l’usage de stupéfiants en tout genre mais bien une retranscription imagée du délire psychédélique que ces derniers permettent. Ne vous attendez donc surtout pas à voir un clone de Requiem for a dream par exemple, car les deux films jouent ici indiscutablement dans deux catégories différentes.
Cette mise en scène exceptionnelle arrive ainsi à créer chez le spectateur un sentiment de malaise très fort, notamment aussi grâce à des effets sonores d’une qualité non négligeable. Malheureusement, tous ces effets en tout genre sont d’une incroyable répétitivité. Là est le véritable point faible d’Enter the void sur le plan de sa forme car certes, la photographie est sublime, mais les images que Gaspard Noé nous montre finissent par créer une lassitude profonde chez le spectateur.

Un film pervers et ennuyeux

Pendant près de deux heures et demie, Gaspard Noé tourne, comme sa caméra, inéluctablement en rond. Le film est en effet d’une incroyable platitude : le spectateur est transporté d’un endroit à l’autre de ce Tokyo illuminé, et devient le témoin pervers de scènes parfois plus inutiles les unes que les autres. Je pense notamment à ces scènes sexuelles à répétition qui n’ont, sans jeu de mots malsains, ni queue ni tête. De plus, ces dernières auraient pu être stylisées, voir même sublimées par la caméra de Gaspard Noé. Que nenni. Car à part cette vue vaginale de l’acte sexuel, particulièrement grotesque et pitoyable, rien de bien croustillant n’ait à se mettre sous la dent. En fait, comme dit précédemment, le réel problème n’est pas spécialement ce que le réalisateur a choisi de filmer, mais plutôt l’incroyable répétitivité des situations. Surtout quand le scénario ne parvient jamais à décoller, avec une « intrigue » très mal amenée et des situations délirantes sans sens. Le film semble ainsi interminable, pour se conclure sur un final mauvais et particulièrement vulgaire au coté pseudo-philosophique et existentiel profondément ridicule.

Gaspard Noé a ainsi cru bon d’adapter à sa sauce le chef d’œuvre de Kubrick, 2001 l’odyssée de l’espace, le fond du film étant en effet particulièrement ressemblant : questionnement sur le cycle de la vie, de son sens, de la réincarnation, de la mort… Sauf qu’entre Kubrick et Noé, il y a une différence de taille : l’un est doté d’un talent incommensurable, et l’autre est doté d’un incroyable manque d’inspiration synonyme de maladresse. Car sur le fond, l’œuvre de Noé est un melting-pot sans grande inspiration d’idées farfelues et malsaines : acte sexuel sauvage, ode à la toxicomanie et fantasme incestueux pervers et fatiguant.

Peut être trop ambitieux, peut-être surestimé, Enter the void apparaît donc comme du cinéma expérimental pauvre et maladroit. Mais surtout incroyablement ennuyeux.

Bruno R.

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