Critique : « Femmes du Caire », un film de Yousry Nasrallah

Femmes du Caire De Yousry Nasrallah Avec Mona Zaki, Mahmoud Hemida, Drame

Affiche du film les femmes du Caire

Tout est politique, y compris le cinéma, art visuel par excellence. Femmes du Caire, réalisé par l’égyptien Yousry Nasrallah, est incontestablement un film politique. Car à travers les regards si différents mais tellement uniformes de jeunes égyptiennes oubliées et rejetées, Yousry Nasrallah propose une forte critique de la condition de la femme dans cette société égyptienne, qui semble coincée entre la modernité et les traditions. Un film coup de poing, dur et intense, malheureusement plombé par de terribles maladresses.

Une question de dualité

Mettez des femmes au parcours atypique mais dramatique devant une caméra, demandez leur de vous contez leurs histoires et leurs peines, et vous obtiendrez une satire politique de toute la société égyptienne : drame familiaux, drames humains, corruption politique et abus religieux. En face des ces narratrices d’un soir, Hebba, la présentatrice de l’émission, représentant la modernité occidentale, au tempérament dynamique et aux souliers Dior. Là est donc le plateau principal du film. A travers ces invités télé, Yousry Nasrallah a voulu représenter ces femmes qui, par naïveté et par amour, ont vu leur vie basculait dans l’oubli, dans la haine et dans la tristesse. Le spectateur est ainsi baladé d’une histoire à l’autre, au rythme des invités, par le moyen de flash back émouvants et particulièrement poignants.

Le propos du film est donc très dur, entre avortement, virginité, violence conjugale, meurtre et emprisonnement, mais sa véritable force est l’incroyable justesse par laquelle tout ces évènements sont abordés : car au lieu d’être noir et déprimant, le film réussit à mêler humour, amour et désespoir comme rarement, notamment grâce à des dialogues pétillants. De plus, les personnages mis en scène sont particulièrement attachants de par leur sincérité et leur histoire. Le spectateur est ainsi complètement absorbé dans ces mélodrames sans jamais s’ennuyer.
Pour appuyer son discours, Yousry Nasrallah a souhaité montrer toutes les contradictions et toutes les difficultés d’une société basée sur de nombreuses dualités : la dualité homme/femme, à travers l’épreuve du mariage et de ses motivations, la dualité modernité/tradition, représentée par ces femmes voilées confrontées à une société où la dictature du paraître règne, la dualité richesse/pauvreté, à travers la présentatrice et ses invités. Et malgré toutes ces oppositions, saisissantes de réalisme, le réalisateur arrive à montrer de manière très intelligente que tous ces drames qui semblent caractériser ces femmes sont finalement intergénérationnelles et surtout qu’ils touchent toute la société. C’est ce que comprendra inéluctablement Hebba quand elle deviendra elle-même l’histoire de son émission. Le pire risque malheureusement toujours de triompher.

Très mal réalisé

Malheureusement, toutes ces images et tout ce discours sont complètement amputés par la réalisation générale de l’œuvre. Même si certains plans sont astucieux, notamment sur le plateau de télévision, la mise en scène est souvent digne du téléfilm ou même de la série télévisée. Le montage est catastrophique, les transitions sont ultra simplistes et les plans sont parfois grotesques. Comment ne pas souligner ces mouvements de caméra inutiles lors des dialogues ? Ou encore, comment ne pas souligner cette scène d’introduction maladroite filmée à la première personne qui est d’un ridicule incroyable?

De plus, certains acteurs sont particulièrement déroutants, notamment Mona Zaki qui semble incroyablement surjouer son personnage par moments. A noter, cependant, que les très belles musiques mélancoliques qui accompagnent de nombreuses scènes rattrapent un peu la fausse note.

Même si certaines situations paraissent un peu trop sensationnelles, comme cette fin que certains jugeront d’un ridicule incroyable, Femmes du Caire aurait pu, par sa justesse et par son propos fort bien maitrisés, devenir un incontournable du genre sans cette réalisation bâclée qui par moments plombe l’immersion. Quel dommage! Le film reste néanmoins une très bonne surprise.

Bruno R.

licence Creative Commons 3.0

Be the first to comment

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*