Critique : « Le Hobbit : un voyage inattendu », un film de Peter Jackson

Le Hobbit : un voyage inattendu De Peter Jackson Avec Ian McKellen, Martin Freeman, Fantastique

Affiche du film Le hobbit, un voyage inattendu

La sortie du Hobbit sonne pour beaucoup comme une véritable délivrance. Longtemps sabordée, l’adaptation du livre de Tolkien connut de nombreuses péripéties avant de débarquer dans nos salles obscures. Rachat des droits, choix du réalisateur, pays de tournage et nombre de films : tant d’éléments qui, au fil des deux dernières années, n’ont cessé de varier, agitant avec dangerosité le spectre de l’adaptation ratée. Après le départ précipité de Guillermo Del Toro, qui, selon toutes vraisemblances, aurait eu le talent nécessaire pour réaliser un tel projet, Peter Jackson accepta finalement d’adapter l’aventure de Bilbon Sacquet, alors qu’il se l’était refusé quelques années auparavant. Une surprise arrivant rarement sans une autre, ce ne sont pas deux mais bien trois films qui seront consacrés au livre de Tolkien – qui, rappelons-le, ne fait que 330 pages. Pour beaucoup, ce choix résultait d’une volonté marketing à peine dissimulée et venait confirmer leurs doutes envers cette adaptation jugée providentielle : quoi de mieux, en effet, que de faire appel à Peter Jackson pour relancer une industrie hollywoodienne à la peine, l’homme étant à l’origine de l’une des plus juteuses trilogies de l’histoire du cinéma, à savoir Le seigneur des anneaux ?

Le grand enjeu du film reposait ainsi sur la capacité de Jackson à ne pas sombrer dans la redite après avoir passé plus de dix heures à disséquer la Terre du milieu. N’y allons pas par quatre chemins : oui, Le Hobbit constitue indiscutablement une version 2.0 du Seigneur des anneaux, univers et personnages communs oblige. En ce sens, il est regrettable de voir Jackson succomber si facilement à cette tentation commerciale qu’est de faire revenir d’anciens personnages, désormais inutiles au scénario. Aussi, la structure du film est pratiquement identique au premier volet de la trilogie précédente, tout comme l’interminable prologue qui relève de manière brutale les problèmes que soulèvent une adaptation si longue d’un livre si court – on nous présente péniblement les enjeux de la trilogie pendant plus de trente minutes. Si le film propose évidement des situations et des personnages dans leur grande majorité inédits, il s’avère que l’ensemble est trop lisse et pas assez original pour jouir d’une identité propre.

Cependant, Le Hobbit est loin d’être un film sans intérêt et Peter Jackson n’a pas limité son entreprise à faire du neuf avec du vieux. Tout d’abord, d’un point de vue technique, l’apport du HFR – nouvelle technologie permettant de filmer en 48 images par seconde, contre 24 habituellement – est réel et offre au film un rendu tout à fait éblouissant, même si les premières minutes nécessiteront un temps d’adaptation – les déplacements des personnages et de la caméra semblent accélérées, et donc peu naturels. La technologie donne aussi à la 3D, ordinairement très gênante dans les séquences mouvementées, l’intérêt qui lui manquait puisque désormais, l’image retrouve la profondeur que le tout numérique avait balayée d’un revers de main.

Au-delà de ces considérations techniques, le film bénéficie d’une réalisation sublime : que ce soit au niveau des effets spéciaux, des décors, des costumes ou encore des musiques, Le Hobbit est un émerveillement visuel et sonore de tous les instants. La puissance et la fluidité des affrontements, le nombre d’éléments affichés à l’écran, tout comme la diversité de la flore et des créatures forcent l’admiration et viennent donner à l’univers de ce film ultra-numérisé une crédibilité inédite dont il avait besoin pour exister. L’univers est vivant ; mieux encore, il parait réel tant ses différentes composantes jouissent d’une profondeur aussi bien psychologique que physique rarement atteinte dans un film d’heroic fantasy. Peter Jackson étant fidèle à lui-même, certains pourront reprocher à sa mise en scène d’être parfois trop descriptive, à l’image de ces nombreux plans qui présentent avec sensationnalisme des paysages, à la manière de publicités touristiques.

Si Le Hobbit ne viendra jamais révolutionner le film d’aventure, force est de constater qu’il parvient sans cesse à prolonger la curiosité que possède le spectateur à son encontre. Les situations sont très simplistes – la troupe se déplace d’un point A à un point B, en faisant une pause à un point C – mais la mécanique fonctionne toujours grâce à un rythme des plus soutenus. Surtout, le scénario est passionnant et les personnages qui le composent jouissent d’une véritable profondeur qui rend leur cause identifiable et universelle. Et pour un blockbuster de ce genre, c’est déjà une très bonne chose.

Bruno R.

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