Critique : « Hors la loi », un film de Rachid Bouchareb

Hors la loi De Rachid Bouchareb Avec Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Drame

Affiche du film Hors la loi

Présenté cette année au festival de Cannes, le dernier film de Rachid Bouchareb y avait créé la polémique. En effet, le film soulevait de nombreuses questions toujours sans réponses, dont la principale : un cinéaste peut-il enfiler le costume d’historien ? En faisant passer ses images pour une réalité, reconnus par certains mais refusée par d’autres, Hors la loi essaye de donner une réponse quelque peu arrogante à la problématique qu’il soulève.

Rachid Bouchareb avait déjà donné le ton avec l’excellent Indigènes en 2006, qui traitait d’une manière plutôt subtile une page souvent oubliée de la seconde guerre mondiale. Deuxième film d’une trilogie annoncée, Hors la loi essaye de prolonger le message universel de son prédécesseur, à savoir combattre l’oubli volontaire de nos élites sur des sujets trop épineux. Mais là où Indigènes parvenait à neutraliser son sujet, Hors la loi bafouille sur de nombreux points : message confus, rythme critiquable et longueur excessive feront du film une imperfection peut-être trop assumée.

Engagé et démonstratif

La guerre d’Algérie est aujourd’hui toujours considérée comme une profonde blessure nationale. A la fois critiquée sur sa gestion catastrophique de la décolonisation et sur son manque de coopération évident, la France des années 50 fut intensément heurtée par les évènements sanglants qui frappèrent son sol et celui de l’Algérie. Un sujet extrêmement sensible sur lequel Rachid Bouchareb a décidé de s’attarder à travers la naissance et l’évolution hyperbolique du FLN (Front de Libération National), parti politique algérien qui fut analysé comme révolutionnaire et terroriste : assassinat et attentats furent en effet les moyens radicaux que le parti utilisa pour imposer ses idées et ses justes revendications.

Hors la loi commence par la présentation intimiste de la jeunesse des trois frères sur lesquels nos yeux seront posés durant tout le film. Victime d’une pauvreté évidente, leur famille sera injustement délogée de ses terres familiales suite à une décision française. A travers des plans sublimes dotés d’une photographie parfois exceptionnelle, le réalisateur français nous présente durant quelques minutes ses origines avec une habilité évidente. Un départ symbolique et émouvant qui sera poursuivi par la terrible scène du massacre de Setif de 1945, point de départ de la fameuse guerre d’Algérie. Cette introduction, basée sur une approche sincère d’un drame national, aura le mérite de créer ce socle commun, si important, qui permettra l’union toujours recherchée entre les spectateurs et les protagonistes. Un procédé intelligent qui annonçait un film surement réussi. Malheureusement, la suite est nettement moins alléchante.

Présentant, en quelque sorte, la naissance du FLN et de sa radicalisation sur le sol français, Hors la loi n’arrive jamais à surpasser le sujet qu’il essaye de traiter. En effet, Rachid Bouchareb a fait l’erreur de présenter ces nombreux évènements d’une manière beaucoup trop stylisé, un peu à la manière d’un Munich. Ce choix ne parviendra pas à créer un semblant de réalité et donnera au film une aura incroyable de fiction beaucoup trop romancée. Abusant de dialogues sourds et symboliques, l’exercice de style tourne rapidement au cliché révolutionnaire extrêmement naïf. Dommage, car le choix de garder la langue algérienne est excellent et parvient à donner au récit une très faible dose de réalisme.

De plus, en oubliant l’aspect analytique, Rachid Bouchareb oubli peut-être l’essentiel : retracer l’Histoire et non pas ces histoires qui, justement, ne parviennent à former celle avec un grand H. En vulgarisant de nombreux évènements, le film ne réussira ainsi jamais à recréer l’émotion réelle qui prédominait cette époque. Cette dernière est banalisée à travers des touches familiales trop faibles et des touches amoureuses trop simplistes. Finalement, la sincérité est tout simplement absente du film de Bouchareb.

Beaucoup de longueurs

D’un point de vue strictement technique, Hors la loi s’en sort avec les honneurs. Une photographie recherchée et une esthétique soignée parviendront à créer une ambiance pesante et oppressante. Le réalisateur arrive ainsi à donner à son récit une touche sensationnelle. Comme dit précédemment, la réalisation léchée du film ne servira pas, paradoxalement, à sa cause : en contrastant en effet avec le sujet, très réaliste et dramatique, qu’il aborde, le piquet de l’image créé un anachronisme irréfutable.

La longueur abusive du film ne fera que souligner son imperfection : de nombreuses scènes apparaitront ainsi comme inutiles et, par conséquent, ennuyeuses. Sans être forcément mauvais, le film de Bouchareb souffre d’un faux rythme qui s’écroulera, à son arrivé, comme un château de cartes. Dommage, car le fil conducteur du scénario, à savoir l’évolution du FLN et de son influence au sein d’une famille d’immigrés, est plutôt divertissant. Les scènes d’action sont relativement réussies tout comme les moments émotionnels les plus intenses. L’attachement aux personnages est réel, notamment grâce à des acteurs plutôt convaincants : Jamel Debbouze, qui interprète le rôle le plus singulier, est d’une justesse certaine.

Hors la loi est un inévitablement un film polémique. En traitant d’une blessure non cicatrisée, Rachid Bouchareb présente son interprétation de la guerre d’Algérie d’une manière peu convaincante. Faux rythme, traitement raté, peu réaliste et extrêmement démonstratif, Hors la loi dispose néanmoins d’une trame efficace et convaincante. A voir par curiosité.

Bruno R.

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