Critique : « Alice au pays des merveilles », un film de Tim Burton

Alice au pays des merveilles De Tim Burton Avec Johny Depp, Helena Bonham Carter, Comédie

Affiche du film Alice au pays des merveilles de Burton

L’annonce avait fait sensation il y a maintenant près de deux ans. Tim Burton, réalisateur adulé par nombre de fans, allait réaliser l’adaptation cinématographique du chef d’œuvre de Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles, avec dans le rôle du chapelier fou la muse masculine de Monsieur Burton, à savoir Johnny Depp.

Pour tous les fans de la première heure, cette annonce sonnait donc comme la concrétisation d’un fantasme, matérialisant l’union de deux artistes à la création hors du commun. En effet, Alice au pays des merveilles apparait comme une œuvre parfaitement adaptée à la cinématographie du maître Burton avec son univers coloré, ses personnages délirants et ses dialogues atypiques. Seule ombre au tableau: la présence de Disney aux reines de la production, qui laissait craindre une restriction non négligeable à Tim Burton. Peu importe, le réalisateur de génie était de retour avec un film qui allait frôler la perfection.
Tout le monde espérait donc un film d’exception. Qu’en est-il réellement ? Hélas, n’y allons pas par quatre chemins : le film est un échec total. Et c’est peu dire.

Alice au pays de la niaiserie

Burton avait déclaré que le récit du conte original ne lui convenait pas et qu’il userait au contraire de son univers très riche pour faire du film non pas une adaptation classique du livre mais plutôt une œuvre totalement indépendante avec un sens de lecture différent. Foutaises. Le récit du film est pratiquement identique à celui de l’original : Alice, âgée maintenant de 19 ans, (re)tombe par hasard dans ce merveilleux monde et doit le sauver des griffes terribles de la reine rouge. Quelle originalité ! A part quelques personnages plus ou moins réussi comme les « gros », le film n’innove en rien et fait, au contraire, plutôt pâle figure face à l’original en abusant d’ajouts plus inutiles les uns que les autres.

Cela commence par des dialogues niais à en pleurer. En fait, ces derniers sont le reflet parfait du personnage d’Alice. Car ce personnage, incarnée par une inconnue ô combien risible, n’arrivera jamais à imposer ne serait-ce qu’une dose de charisme ou de personnalité. Un comble pour un personnage qui donne son nom au titre du film. Mais heureusement que Johnny Depp est là me diriez vous. Pas si sûr, car même si sa prestation est correcte, cette dernière reste en deçà de son habituel niveau. Ses mimiques sont vues et revues (cf Pirate des caraïbes), et le tout est intelligemment embelli par un tourbillon d’effets spéciaux en tout genre. Finalement, le seul personnage réellement réussi est celui de la dame rouge, brillamment interprétée par la femme du réalisateur, à savoir Helena Bonham Carter. Ses répliques sont justes et restent très fidèles à l’original en apportant une dose d’humour non refusable dans ce triste florilège d’échecs en tous genres.

Si les personnages sont incontestablement lamentables, les nouvelles situations que, comme promis, Tim Burton a introduit au récit sont, elles aussi, d’une niaiserie incroyable. La séquence inédite la plus pathétique est bien entendu celle de la scène finale, digne du Monde de Narnia, où la belle Alice va devoir enfiler une belle armure et une belle épée pour aller défier le vilain combattant de la reine rouge, qui n’est autre qu’un vulgaire dragon parlant. Une créativité digne d’un enfant en classe de 6eme. En fait, toute l’originalité et toute la fraicheur de l’œuvre originale disparaissent dans un nuage de conventionalité vomissant. Tout est trop simple, trop plat et beaucoup trop prévisible.

Visuellement épatant

Au delà de ces nombreuses déceptions qui relèvent du fond de l’œuvre, qu’en est-il de sa forme ? Sur ce point là, aucune critique défavorable n’est possible. Le film est en effet un régal visuel de tous les instants: les couleurs sont belles, les décors somptueux et les plans géniaux. Le film est réellement un voyage envoutant dans un monde presque merveilleux où se mêlent animaux parlants, végétation envoutante, ciel coloré et objets fantastiques. Aussi, la fusion entre personnages réels et images de synthèse est réellement ahurissante de crédibilité.

Cependant, comme on pouvait s’y attendre, la 3D, rapidement appliquée au film, se montre complètement inutile et même parfois gênante en floutant grossièrement certaines parties du décor. Une honte surtout quand on sait que cette fausse 3D est bien entendu majorée de quelques euros.

Tim Burton est tombé dans un terrier avec un parachute doré

Alice au pays des merveilles relève donc d’une énorme déception. Les espoirs les plus fous étaient permis au vu de l’alliance presque divine des deux créateurs. Ces espoirs paraissent donc aujourd’hui particulièrement naïfs et surtout beaucoup trop utopiques. Alice au pays des merveilles est un navet cinématographique, plat au possible, sans aucunes saveurs quelconques si ce n’est son aspect visuel des plus réussis. Cette réussite visuelle, ayant pour racine l’usage intensif d’effets spéciaux en tout genre, est fatalement provoquée par l’apport monétaire mirobolant attribué par Disney pour la production du film (200 millions de dollars de budget estimé). La fatalité de la perversion monétaire au détriment de la créativité artistique était donc inéluctable. Triste de voir un génie tel que Tim Burton sombrer dans une telle perte de vitesse. Triste de voir une œuvre si acide se perdre dans des brouillards infinis de niaiserie. Triste, tout simplement, de s’ennuyer devant un film signé Tim Burton.

Finalement, Alice au pays des merveilles est un mauvais Disney et un très mauvais conte burtonnien.

Bruno R.

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