Critique : « Kaboom », un film de Gregg Araki

Kaboom De Gregg Araki Avec Thomas Dekker, Juno Temple, Expérimental

Affiche du film Kaboom

Les campus américains seront toujours une source infinie d’inspiration pour les cinéastes ; il suffit d’ailleurs d’observer les dernières sorties pour s’en persuader. Mais un film réalisé par Gregg Araki ne ressemblera jamais à aucun autre. Atypique auteur du désormais culte Mysterious Skins, l’américain revient avec Kaboom, un film à l’aura et à la plastique complètement psychédéliques. Le délire crève l’écran, et le souffle du nouveau arrivé apporte un vent de fraicheur précieux à l’errance cinématographique actuelle.

Un second degré ravageur

Kaboom fait partie de ces films qui plongent le spectateur dans le cœur de son intrigue dès ses premiers instants. Grâce à une première séquence complètement folle et, par voie de conséquence, particulièrement intrigante et délirante, le film amarrera sa descente dans une folie fatale et irrémédiable : un rêve, où Smith déambule dans un couloir aux couleurs éclatantes pour arriver dans une pièce contenant une unique poubelle rouge. Une introduction nihiliste au coté paradoxalement éloquent et évocateur : Kaboom sera un film souvent sans sens mais incroyablement jouissif par son approche toujours chirurgicale.

Car le scénario de Kaboom est inévitablement onirique, comme le suggère explicitement la caméra de son réalisateur : le spectateur, tout comme Smith et ses nombreux acolytes – également déjantés –, se retrouveront perdus dans un labyrinthe d’évènements plus hallucinants et les uns que les autres que seule une imagination débordante pourrait expliquer. Le second degré et l’ouverture d’esprit seront ainsi des qualités absolument nécessaires à l’acception d’un film vivant mais surtout additif. Tel un rêve éveillé, le déroulement de Kaboom pourrait alors paraître simpliste et inabouti, en misant sur des perturbations sans fondements et réductrices. Mais Kaboom est finalement à l’image de son propos : déstructuré et anormal. La drogue, le sexe hédoniste, l’homosexualité et la paranoïa sont parfois considérés comme des activités ou comportements névrosés et donc anormaux. La marginalité du film de Gregg Araki est ainsi paradoxalement sa plus grande force car, grâce à celle-ci, ce dernier réussit à transfigurer son fond scénaristique toujours plat en une sorte de réalité complexe et travaillée : finement moralisateur et armé d’une dérision tout aussi pointilleuse qu’efficace, Kaboom dispose d’une réelle profondeur basée sur une absence de conventionalité.

Le film du réalisateur américain frise parfois des sommets de virtuosité, notamment dans l’absence de fil conducteur qui aura le mérite de dynamiser, encore plus, un film glissant et intenable. Un modèle de narration qui fera de Kaboom un film au caractère rare et à l’identité évidente ; mais qui aura aussi la conséquence de lui donner un coté excentrique réjouissant.

Edulcoré et enivrant

Dans son fond comme dans sa forme, Kaboom est inéluctablement un ovni cinématographique. Alors que son déroulement est composé d’une multitude d’incohérences paradoxalement nécessaires à l’évolution de son scénario dénué de tout repère, sa mise en forme est, au contraire, d’une précision et d’une logique à toute épreuve.

A la fois très coloré, notamment dans ses scènes sexuelles ou humoristiques – nombreuses –, et très sombres, dans ses moments apocalyptiques, le film n’hésite pas à opposer ses nombreuses contradictions et à promener son spectateur d’une ambiance festive à une ambiance morbide. C’est ainsi sur ce mélange détonnant que Gregg Araki parvient à rythmer son œuvre d’une manière très convaincante.

La mise en scène du film est en totale adéquation avec son propos. En misant sur une image grasse mais précise, sur des flous accentuant l’onirisme du récit et sur des effets spéciaux volontairement grotesques, Kaboom dispose d’une enveloppe corporelle sublime : l’ensemble est en effet saisissant et dénué de toutes supercheries. Bien sûr, on pourrait regretter la grossièreté parfois envahissante de ces nombreux effets édulcorés.

Kaboom est un film résolument moderne, que ce soit dans son approche métaphysique de l’errance d’une jeunesse sans repères, ou dans le traitement de son propos totalement délirant. Aussi, la vision bordélique et hilarante de ses personnages est d’une saveur inoubliable, notamment grâce à des dialogues qui deviendront rapidement cultes. Kaboom est en réalité un film décomplexé disposant d’un humour à l’acidité jubilatoire et d’une apparence, à l’image de son essence, déjantée. Mais inévitablement idéale.

Bruno R.

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