Critique : « L’homme qui voulait vivre sa vie », un film de Eric Lartigau

L’homme qui voulait vivre sa vie De Eric Lartigau Avec Romain Duris, Marina Foïs, Drame

 

Près de quatre ans après Prête-moi ta main, comédie romantique partiellement réussie, Éric Lartigau présente son nouveau film : L’homme qui voulait vivre sa vie, nettement plus dramatique. Adapté du roman éponyme de Douglas Kennedy, le film retrace l’incroyable histoire de Paul Exben qui, suite à un drame aux conséquences irréfutables, décide de changer d’identité pour pouvoir vivre une toute autre existence. Centré autour d’un personnage interprété par un Romain Duris parfois maladroit, le film possède néanmoins une intrigue suffisamment passionnante pour rallier les foules à sa cause.

Un road-trip dramatique

Affiche du film L'homme qui voulait vivre sa vie

L’homme qui voulait vivre sa vie est indéniablement un film qui, malgré son caractère profondément optimiste – notamment sur sa fin –, possède une essence au fatalisme terrifiant. Ce trentagénaire, en proie aux doutes les plus existentiels – recherche du véritable amour disparu –, possède néanmoins une vie matérielle que beaucoup jalouseraient : riche, père de famille ravi et disposant d’un travail valorisant, son rythme de vie semble être l’archétype de la réussite. Mais, suite à une paranoïa qui se transformera en une réalité bouleversante – son voisin couche avec sa femme –, la vie de ce jeune entrepreneur va dramatiquement basculer pour finalement devenir celle qu’il aura toujours espérée. C’est donc sous la fatalité d’un événement dramatique et sur l’oubli définitif de ses enfants que le personnage pourra vivre, comme le titre du film l’indique, sa réelle destinée. Un triste constat qui renforce le coté parfois hasardeux de nos existences, influencées par des rencontres inespérées.

A la manière de Deux jours à tuer de Jean Becker, qui mettait en scène le changement comportemental d’une personne atteinte d’un terrible cancer, L’homme qui voulait vivre sa vie se divise clairement en deux parties très distinctes: la première, très analytique, qui présente un personnage compulsif et dans un mal-être indéniable, et la seconde, qui annonce une vie de bohème mais emplie de mensonges. Le caractère élitiste du personnage de Paul Exben lui permet d’acquérir un coté empathique souvent indispensable à ce genre de récit : en effet, comment ne pas rester insensible au courage de Paul Exben, certes favorisé par son existence ? Bien sûr, certains reprocheront au film son coté profondément insincère : tout le monde ne peut pas tout plaquer et vivre d’amour et d’eau fraiche sans rencontré certaines difficultés – reproche souvent formulé à l’encontre de ce genre de récit, souvenons nous de Into the wild de Sean Penn.
Cependant, L’homme qui voulait vivre sa vie réussi à créer une atmosphère de tension permanente faisant rappeler aux spectateurs le caractère sensationnel, et non fantaisiste, du film : en permanence soumis à une paranoïa invivable – Paul Exben simule sa mort pour vivre la vie d’un autre –, le personnage possède une réelle profondeur nécessaire à un scénario si calculateur. En ce sens, et malgré une face mensongère, Paul Exben est un grand personnage de cinéma.

Romain Duris, imparfait

Au contraire du scénario, la caméra d’Éric Lartigau est d’un classicisme parfois regrettable. Peu de risques, peu d’effets, les qualités techniques de L’homme qui voulait vivre sa vie sont en effet difficilement recommandables. Néanmoins, il est incontestable que le réalisateur est parvenu à créer une ambiance tout à fait particulière et qui, comme dit précédemment, accentue le caractère sensationnel d’un film définitivement réussi mais imparfait. Le contraste parfaitement soulevé entre un urbanisme froid sans saveurs et un naturalisme vivant matérialise ainsi d’une manière brutale la dualité d’une existence et d’un personnage.

Centré sur un personnage profond et travaillé, le film se devait de disposer d’un acteur capable d’interpréter à la perfection ce rôle difficile mais extrêmement providentiel. Hélas, Romain Duris, à qui le rôle est confié, ne répondra que partiellement à la lourde tâche pesant sur ses épaules et qui semble, par moments, violemment l’écraser. Ce fils du cinéma français, qu’on a vu grandir à l’écran et qui semblait s’émanciper – notamment avec L’arnacoeur –, prouve malheureusement que l’envergure d’un rôle phare et torturé n’est pour le moment pas à sa portée. En effet, comment ne pas regretter le coté farfelu de l’acteur qui semble surjouer à de nombreuses reprises ? Attitudes fausses et absence de charisme renforce, hélas, ce triste constat, notamment dans la première partie du film. La difficulté n’était certainement pas d’interpréter le personnage émancipé que devient Paul Exben – car très démonstratif –, mais celui tourmenté et introverti qu’il était avant sa nouvelle vie. Ainsi, durant la première heure, le film baigne dans une atmosphère fausse et peu convaincante, à l’image de cette scène centrale, d’une pauvreté émotionnelle étonnante, où Paul apprend l’adultère de sa femme. Heureusement, l’acteur parviendra à surpasser son rôle durant la suite du film, jusqu’à cette fin sublime au symbolisme d’une intensité rare.

La mécanique romanesque que beaucoup semblent reprocher reste incontestablement la principale force de ce film existentiel. L’accomplissement de soi restant un sujet universel, L’homme qui voulait vivre sa vie parvient à convaincre sans difficultés, même si celui-ci se repose indéniablement sur les acquis d’une écriture exquise.

Bruno R.

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