Critique : « La guerre est déclarée », un film de Valérie Donzelli

La guerre est déclarée De Valérie Donzelli Avec Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm, Drame

La guerre est terminé affiche

Noyés dans une sono épouvantable, Roméo et Juliette se rencontrent chez des amis communs. Désormais, Juliette aime Roméo et Roméo aime Juliette. Rapidement, ils ont un enfant, chef-d’œuvre de leur parfaite union. C’est un garçon, il s’appellera Adam, en référence à l’autre. Evidemment, Adam est différent : il ne cesse de vomir et de pleurer sans raison apparente. Mais surtout, une forme étrange se dégage d’une de ses joues. Après plusieurs essais cliniques, la vérité, lourde et inconcevable, tombe : c’est une tumeur. Les jours d’Adam sont comptés et une course contre la montre s’engage. Pendant ce temps, les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Irak.

C’est peut-être le film qui a le plus marqué les esprits lors de son passage dans différents festivals. Armé d’une vitalité incroyable, La guerre est déclarée est parvenu à convaincre aussi bien les critiques que le public – chose qui devient de plus en plus rare : il faut remonter à 2010, avec le spectaculaire succès de Des hommes et des dieux, pour trouver pareil constat. D’ailleurs, le destin de ces deux œuvres totalement différentes semble plus lié qu’il n’y parait : traitant de l’amour au service d’une cause, les deux films français ont réussi à persuader la Commission de sélection pour les Oscars de les sélectionner. Espérons toutefois que La guerre est déclarée jouisse d’une meilleure critique américaine que le film de Xavier Beauvois, à qui le prestigieux Oscar du meilleur film étranger fut refusé.

Le succès du film n’est, en soi, pas vraiment étonnant. Disposant d’une force majeure – celle de l’émotion –, La guerre est déclarée est un véritable bijou de cinéma d’auteur. Tout d’abord, il y a cette puissance narrative, constamment mise à contribution par un fil conducteur paradoxalement très linéaire. Bien sûr, le film constitue un flash-back, mais celui-ci se veut très structuré et surtout continu. Le classicisme de ce schéma narratif permet alors de trouver en la caméra de Valérie Donzelli un outil d’expression parfaitement juste et approprié au sens véritable de l’histoire, lourde de conséquences irréfutables.

En jouant à la fois sur l’explicité d’une infinité de non-dits et sur la puissance des situations présentées, la réalisatrice donne le moyen aux protagonistes d’exprimer, par le mouvement et le regard, la violence que la vie peut provoquer d’elle-même. Le film est ainsi une capture, magnifiquement obsessionnelle, du mouvement – la scène du manège, les danses vitaminées des soirées, les runnings urbains. Tout vacille à une vitesse folle : l’image devient une représentation physique de l’esprit. Cette intelligence de traitement permet au film une extrapolation troublante des émotions : constamment, l’espoir et le désespoir s’entremêlent. Néanmoins, en présentant l’espoir comme une fin en soi, La guerre est déclarée reste un film clairement optimiste : le détachement des deux parents vis-à-vis de la condition de leur fils est parfois étonnant mais traduit, si justement, la continuité d’une réflexion : l’absurde n’a de limite que lui-même.

Car face à l’épreuve de l’injustice et de l’intolérable, seul le sentiment de l’absurde persiste : l’éternel « Pourquoi ? » anime, par son enjeu inexistant, la conscience de ces magnifiques protagonistes amoureux. A cette question naturelle, Roméo apporte par sa poésie un élément de réponse : « Pourquoi ? Parce que nous sommes les seuls à pouvoir traverser une telle épreuve », assure-t-il avec un humanisme bouleversant. Ce propos si simple traduit à lui-seul l’ensemble du film de Valérie Donzelli : La guerre est déclarée est une magnificence permanente du couple et de ses relations. La maladie de l’enfant originel n’agit alors qu’en prétexte, l’enjeu du film se trouvant dans l’amour éternellement défié qu’éprouvent Roméo et Juliette l’un envers l’autre. En ce sens, les premières images du film se veulent fédératrices du contrat passé avec les spectateurs : Adam survivra à sa maladie – nous l’apercevons, âgé d’une dizaine d’année, dans une salle clinique. Mais l’amour est-il toujours vivant ? Le visage marqué de Juliette ne serait-il pas, finalement, révélateur d’un sentiment d’échec ? En guise de réponse, Valérie Donzelli botte en touche. Elle préfère capturer, une dernière fois et au ralenti, les mouvements enfin heureux de la vie et de sa beauté.

Bruno R.

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