Critique : « Le labyrinthe de Pan », un film de Guillermo del Toro

Le labyrinthe de Pan De Guillermo del Toro Avec Ivana Baquero, Sergi López, Drame

Affiche du film Le labyrinthe de Pan

Deux ans après un Hellboy plutôt rachitique, Guillermo del Toro présentait son nouveau film, nettement plus inédit : Le labyrinthe de Pan, conte fantastique se déroulant dans les années 40 sur fond de régime fasciste. Fort d’un budget de 19 millions de dollars, le film bénéficie d’une enveloppe corporelle éblouissante mais pèche, hélas, par un rythme trop peu soutenu et par une simplicité parfois aberrante.

Un film adulte

Comme tout conte qui se respecte, Le labyrinthe de Pan nous est narré par la voix masculine d’un individu qui restera à jamais inconnu. C’est par une introduction majestueuse que le film nous dévoile son intrigue au penchant fortement fantastique : sous le gouvernement Franquiste, Ofelia, une jeune espagnole, suit sa mère, tout juste mariée au commandant Vidal, véritable tyran. Au cours de son voyage, la jeune fille rencontrera une sauterelle aux allures de fées qui transformera son misérable quotidien en une aventure autant féérique que terrifiante.

Ce qui surprend avec le film du réalisateur mexicain, c’est son incroyable maturité. Car derrière ses fausses allures de film pour enfants, Le labyrinthe de Pan dispose d’un véritable questionnement sur la place des régimes totalitaires. Le quotidien du camp du commandant Vidal, au comportement inhumain, nous est ainsi présenté d’une manière sanglante et terrifiante : exécutions arbitraires et tortures insoutenables donneront une touche profondément dramatique au récit. Ce choix scénaristique se relève alors profondément efficace : on s’attache en effet facilement aux personnages qui nous sont présentés. La violence, à la fois suggérée et filmée d’une manière brutale, accentuera le caractère malsain du récit et parviendra à créer une ambiance très particulière, jalonnant entre un coté féérique et morbide.

C’est donc parallèlement à ce récit profondément historique que Guillermo del Toro a choisi de développer le coté romanesque de son film : face à cette société dictatoriale, la petite Ofelia va rencontrer divers personnages fantastiques qui lui dicteront une liste de défis qui lui permettront de rejoindre un certain royaume lointain. C’est dans cette excentricité atypique au genre que le réalisateur parviendra à imposer toute la magie de son scénario, notamment grâce au point de vue enfantin dont fait souvent preuve le film.

En présentant simultanément deux intrigues parfaitement distinctes, Le labyrinthe de Pan est un film résolument polymorphe. Cette confrontation explosive entre la naïveté d’une enfant et la dureté historique de l’époque aurait pu donner au film un coté profondément universel. Malheureusement, celui-ci est perturbé par quelques maladresses cinématographiques qui imprimeront au film une imperfection indélébile.

Parfois ennuyeux

Cette dualité scénaristique sera paradoxalement le plus grand atout mais aussi la plus grande faiblesse du film. Car au-delà de cette intelligence d’écriture indéniable, Le labyrinthe de Pan sera profondément marqué par un déséquilibre irréfutable. En se mélangeant les pinceaux entre son coté adulte et son coté enfantin, le film manque souvent de rythme et provoquera inéluctablement un ennui profond par moment. Mous, lents, parfois réducteurs, certains passages pédalent indéniablement dans la semoule en se perdant dans des brouillards de médiocrité. Aussi, la simplicité de certaines séquences, sans grandes logiques, accentuera hélas ce sentiment.

Ce regret sera d’autant plus grand que la réalisation du film frise avec des sommets de technicité. Le rendu de l’image est en effet d’une qualité exceptionnelle et arrive à accentuer l’ambiance précédemment décrite. De plus, par la fluidité de sa caméra, le réalisateur nous offre de nombreuses séquences tout simplement magiques et féériques : en flottant dans les airs et en embronchant des chemins irraisonnables, Le labyrinthe de Pan est un film intenable et mouvementé. La photographie n’est pas en reste : plans vertigineux et contraste sublime feront entrer le film au panthéon de l’exemplarité technique. Un régal visuel, mais aussi sonore, de tous les instants.

Au final, Le labyrinthe de Pan est un film ambitieux et partiellement maitrisé. Disposant d’une réalisation sans fausse note, le film pèche malheureusement par certaines aberrations scénaristiques mais surtout par un rythme décidément imparfait. Dommage, car le film de Guillermo del Toro dispose indéniablement d’un cachet fabuleux et fort émouvant.

Bruno R.

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