Critique : « Le caméléon », un film de Jean-Paul Salomé

Le caméléon De Jean-Paul Salomé Avec Marc-André Grondin, Ellen Barkin, Drame

Affiche du film Le caméléon

Les faits divers portent parfois mal leur nom. L’histoire vraie de Frédéric Bourdin n’a en effet rien de « divers » ou de classique. Spécialisé dans l’usurpation d’identité, le jeune homme, né en 1974, s’est fait passer à plusieurs reprises pour un enfant disparu quelques années auparavant pour intégrer une famille qui lui est étrangère en tout point. Ses mensonges l’emmèneront jusqu’en Louisiane, où une famille semble reconnaître en lui leur malheureux disparu.Cette incroyable histoire était donc parfaite pour une adaptation cinématographique, le personnage ressemblant à s’y méprendre à celui joué par Leonardo Dicaprio dans Arrêtes-moi si tu peux. Malheureusement, Le Camélon, surnom donné à l’imposteur, est un film raté, malgré la présence d’acteurs qui parviennent à impressionner par leur puissance émotive et leur sincérité exemplaire.

Un rythme effroyable

Jean-Paul Salomé était connu pour des films à la vision simpliste et au coté commercial évident. Belphégor, Arsène Lupin et Les femmes de l’ombre, pour ne citer qu’eux, sont en effet des films assez uniformes – à part peut-être le dernier cité, qui a le mérite d’aborder faits par forcément connus du grand public. Le réalisateur arrive donc aujourd’hui avec Le Caméléon, film qu’il qualifie comme le plus personnel mais aussi le plus risqué : le financement du film, tourné en Louisiane, fut assez compliqué.

Le Caméléon commence plutôt bien : le premier plan, mouvementé et remuant, présente le personnage de Frédéric Bourdin rasant violemment l’intégralité de son corps juvénile et blanchâtre. Le prédateur prépare son piège sous nos yeux impuissants. Rapidement, l’intrigue prend le dessus et tout s’enchaine à une vitesse exemplaire: le déroulement du récit se veut ainsi très soutenu. Une première demi-heure plutôt réussie donc, mais qui ne sera malheureusement qu’un essai non transformé.

Le mystère autour des personnages et de leur relation est lui aussi rapidement mis en avant. La mère, la sœur et le frère de l’imposteur imposent un climat d’angoisse et de secret exemplaire. Le spectateur est donc surpris de leur comportement et reste aux aguets d’une inéluctable évolution du récit. Mais cette dernière tardera à apparaître. Car Le caméléon est d’une monotonie abominable. Répétitif, par ses situations émotionnelles et son approche mystérieuse des personnages, le film dispose d’un rythme catastrophique. Pendant près de deux heures, le film pédalera sans cesse dans la semoule et l’intrigue fera du surplace comme rarement vu ces derniers temps au cinéma.

Les acteurs rattrapent ce qu’il reste à rattraper

Et ce n’est pas ces nombreux allers-retours temporels du récit qui rattraperont un film déjà raté, même si ces derniers sont très bien amenés et créent un effet de style certain – mention spéciale à la grossesse d’un agent du FBI, qui matérialise le moment de l’action. Ils soulignent plutôt la qualité formelle du film. Car, en ce qui concerne la mise en scène de ce film sans grande saveur, le cinéaste français n’a, il est vrai, pas grand-chose à se reprocher. Ce dernier a par exemple choisi de filmer son œuvre à l’aide de plans serrés et descriptifs, qui permettent de redonner tout leur sens aux images.

Les acteurs constituent indéniablement la qualité principale du film. Incroyables dans leurs attitudes et dans leurs expressions, ils soulignent toute la difficulté de la reconstruction familiale. Ellen Barkin, déjà remarquée dans Shit Year cette année à Cannes, interprète son rôle de mère toxicomane névrosée avec perfection. Marc-André Grondin, qui incarne le fameux caméléon, est lui aussi exempt de tout reproche. Froid, sensuel, émotif, l’acteur parvient à incarner un tourbillon de sentiments avec un naturel irréprochable. Brian Geraghty, le frère, reste particulièrement convaincant dans le rôle de son personnage alcoolique et agressif. Quant à Émilie de Ravin, qui incarne la sœur, cette dernière parvient à émouvoir avec son personnage engagé et débordant d’amour envers son frère définitivement perdu. Passons sur les performances de Famke Janssen et Tory Kittles, agents du FBI sobres et plutôt fades.

Toutes ces prestations irréprochables permettent au film d’acquérir une certaine dose dramatique. Dans un climat de pauvreté et de fatalité terrible, l’échec social et émotionnel semble inévitable. Tout comme l’échec d’un film ennuyeux et qui ne peut, comme le ferait un véritable caméléon, camoufler sa médiocrité.

Bruno R.

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