Critique : « Le Capital », un film de Costa-Gavras

Le Capital De Costa-Gavras Avec Gad Elmaleh, Gabriel Byrne, thriller

Affiche de Le capital (Costa Gavras)

Comme son titre ne l’indique pas, Le Capital n’est pas l’adaptation cinématographique de l’essai éponyme de Karl Marx mais du roman de Stéphane Osmont qui y décrit, à travers l’ascension fulgurante d’un financier, les mécanismes complexes et irrationnels de l’économie mondialisée. Pour Costa-Gavras, l’adaptation du livre était l’occasion idéale de traiter d’un sujet d’actualité qui lui tient particulièrement à coeur : l’hyperpuissance du secteur privé, devenu maître de l’action politique.

Sept ans après Le couperet, Costa-Gavras reste donc plus que jamais fidèle à ses idéaux et, d’une manière plus générale, à son cinéma, porté depuis toujours par la volonté de dénoncer le système économique et politique dans lequel nous vivons. En 2012, le cinéaste dispose désormais d’un nouvel élément de composition : la crise économique qui, sans être le coeur du film, plane dans toutes les consciences, celles des personnages mais aussi des spectateurs. Difficile en effet de ne pas voir dans le symbole que constitue Marc Tourneuil, jeune cadre supérieur tout juste désigné président de Phenix, première banque européenne, le reflet d’un système financier endogène à la crise (système qui en est la cause mais aussi la conséquence). Amoral, cynique et égoïste, que ce soit avec ses proches, ses collaborateurs ou ses salariés, l’homme constitue une caricature épaisse du dirigeant moderne, jouant avec les chiffres comme avec les vies de milliers de personnes, l’un des évènements principaux du film est le licenciement de 10 000 salariés ; licenciements que le marché réclame. Dans le même sens, l’affaire DSK semble résonner dans l’obsession que Tourneuil a pour un top model qui prend un malin plaisir à le manipuler pour lui soutirer de l’argent. Une question se pose alors : Le Capital doit-il être vu comme un film réaliste ou fantaisiste ? Difficile à dire, tant l’objet de fiction qu’il représente reste aussi un objet de fantasme, le dirigeant est insensible aux drames sociaux qui l’entourent, seuls l’argent et le pouvoir qui en découle pouvant l’intéresser.

Si le film joue volontairement avec les clichés populaires (qui d’ailleurs ne semblent pas plaire à tout le monde), il appert que l’ensemble bénéficie d’une crédibilité surprenante. Première raison de ce constat : l’étonnante performance de Gad Elmaleh, pour lequel ce rôle de dirigeant véreux va à merveille. L’acteur dispose en effet d’une prestance certaine et réussit à incarner le cynisme de son personnage avec justesse, sans jamais tomber dans l’excès ni la parodie. Mais au-delà de ce contre-emploi audacieux, le film parvient surtout à décrire avec une habilité parfaite le monde crapuleux de la finance car, malgré l’importante quantité d’informations souvent techniques qui affluent de part et d’autre, le spectateur ne croulera jamais sous le poids excessif de ses enjeux. Pour autant, rien n’est vulgarisé, à l’’exception d’une scène où Tourneuil explique à sa femme ( et donc au spectateur ) le mécanisme d’une OPA quelque peu frauduleuse.

En se reposant sur une écriture d’une qualité évidente, Costa-Gavras a su insuffler à son film les éléments nécessaires aux genres auxquels il appartient, thriller, satire politique, film d’anticipation. Car si Le Capital est d’abord le portrait intimiste d’un homme avide et ambitieux, il n’en reste pas moins un film disposant d’une tension permanente, à l’image de la séquence, géniale, où l’action de Phenix subit une décote vertigineuse dans l’attente d’un rachat : le film exprime alors sa face paranoïaque de la plus belle des manières. Certes, on pourra regretter les simplicités scénaristiques auxquelles ont succombé Jean-Claude Grumberg, Karim Boukercha et Costa-Gavras (trio qui se cache derrière le scénario) à de nombreux moments (notamment la séquence finale qui sombre dans l’absurde) et qui rappellent que le film reste d’abord une vision biaisée, car subjective, d’un monde qui nous est étranger.

Bruno R.

 

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