Critique : « Les petits mouchoirs », un film de Guillaume Canet

Les petits mouchoirs De Guillaume Canet Avec François Cluzet, Marion Cotillard, Comédie

Affiche du film Les petits mouchoirs

Contre toute attente, Guillaume Canet avait scotché le monde cinématographique français avec Ne le dis à personne, véritable thriller torturé, sorti en 2006 : césarisé – dont celui du meilleur réalisateur – et adulé à la fois par la presse et le public, le film était d’une réussite particulièrement insolente.

Guillaume Canet était donc désormais attendu. Le voilà de retour avec son très médiatisé Les petits mouchoirs, qu’il décrit comme « le film de sa vie ». Pétard mouillé ou véritable confirmation du talent du jeune réalisateur ? Difficile à dire, tant le film, par son fond mais aussi par forme, ne cessera de surprendre tout au long de son déroulement.

Une comédie dramatique et sympathique

Comme son titre ne le montre pas, Les petits mouchoirs raconte l’histoire, à priori simpliste, d’une bande de pote qui décide, comme chaque été, de séjourner dans la résidence secondaire de Max, le senior du groupe. Mais un terrible drame viendra perturber les projets de la bande et révéler les véritables aspirations de chacun.

Les petits mouchoirs, en présentant d’une manière brutale un drame symbolisant toute la détresse de générations à l’essence paradoxale, commence d’une manière tout simplement extraordinaire avec un plan séquence virtuose qui viendra imposer un climat d’empathie qui ne cessera de régner tout au long du film. Un régal de mise en scène qui restera malheureusement avorté tant la suite du film sera, d’un point de vue purement technique, nettement plus classique. En choisissant les extrémités, à savoir le début et la fin de son film, pour atteindre l’apogée émotionnelle du récit, Guillaume Canet a choisi de trimballer le spectateur dans un tourbillon d’émotions sans cesse provoquées par des blagues souvent drôles et plutôt bien équilibrées. Le contraste de ces différentes émotions, à l’image d’un aller-retour entre humour et détresse, s’avèrera d’une efficacité redoutable. De plus, il est évident que les clichés caricaturaux que représentent chacun des personnages – l’homosexuel qui se découvre, la fille libertine ou encore le coureur de jupon – sont bien entendu d’une pauvre originalité mais resteront tout de même d’une efficacité à toute épreuve : de nombreuses séquences sont en effet hilarantes, jonchant entre un coté burlesque et souvent crue. Mais résolument moderne.

Guillaume Canet parvient ainsi à dépasser littéralement son film pour le transformer en une œuvre à la fois simpliste mais terriblement atypique, notamment dans son coté intimiste et coloré. Car l’équilibre dont fait preuve Les petits mouchoirs est d’une réussite indéniable. Aucun personnage, pourtant interprétés par des acteurs reconnus, n’en écrasera un autre et le récit ne sera jamais accentué sur un quelconque psychodrame. Ce choix produira inéluctablement un film qui respire la sympathie et qui parvient à transmettre un sentiment de réalité absolue.

Pas assez ambitieux

Au vu de son casting, il parait un peu providentiel d’affirmer que l’interprétation des acteurs lorgne souvent avec la perfection et participe à accentuer l’immersion déjà très forte du film : le spectateur parviendra ainsi à s’identifier sans problèmes aux situations dont il est le témoin. Mention spéciale à Marion Cotillard, tout simplement exceptionnelle dans de nombreuses séquences.

Cependant, même si l’ensemble est d’une qualité bien au-dessus de la moyenne actuelle, il est évident que Les petits mouchoirs soulèvent de nombreuses questions cinématographiques, notamment vis à vis de son réalisateur. En effet, on ne pourra que regretter un film, certes réussi, mais relativement pauvre cinématographiquement.

Car après l’excellent Ne le dis à personne, il paraitra étonnant de voir évoluer Guillaume Canet vers un film comme Les petits mouchoirs qui souffre d’un manque d’ambitions évident. Efficace, mais surement pas marquant : voila comment le film pourrait rapidement se résumer. La grande faiblesse de ce dernier sera en effet un manque de profondeur désolant : on peut ainsi regretter une recherche de gags obsessionnelle, une fin plutôt ratée et une longueur excessive. Pis, dans ses moments les plus égocentriques, le film penchera même vers un coté moralisateur maladroit et particulièrement avorté. Dommage, car à force de rechercher une pseudo-complexité dont on ne verra jamais l’apparence, Les petits mouchoirs se pénalise peut-être tout seul.

Bruno R.

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