Critique : « Limitless », un film de Neil Burger

Limitless De Neil Burger Avec Bradley Cooper, Robert De Niro, Thriller

Eddie Morra, écrivain peu inspiré, trouve un jour le moyen de panser ses plaies intellectuelles : un cachet, qui permet de multiplier ses capacités neuronales, vient d’être produit secrètement par un ex-ami à lui. Jugeant la situation providentielle, Eddie accepte d’essayer la pilule miracle et se voit, tout à coup, disposer d’une intelligence hors-norme. Mais les convoitises vont bientôt affluer, et le rêve d’Eddie va rapidement se transformer en cauchemar.

Le trailer annonçait « une version sublimée de l’homme ». Le propos pourrait être jugé fascisant, tant l’ontologie faite par les composantes de ce film pousse le spectateur à entrevoir cette perfection comme l’accumulation d’une surproduction intellectuelle dénuée de tout humanisme. Car le message de Limitless déborde d’un dédain absolu du collectif: individualisme, quête absolue de la perfection, formatage de la pensé et du sens critique. Apologie parfaite du luxe et du capitalisme, le film se veut hautement pervers dans sa morale de fin douteuse, qui ose entremêler mensonge et politique, tricherie et amour : Limitless est l’agent vertueux d’une vision du monde misogyne et productive.

La vulgarisation extrême de la narration cinématographique dont souffre le film, qui ne laisse aucune place ni à l’imaginaire ni à la possibilité d’une quelconque réflexion, trouve en la voix off une manière d’exprimer sa plus profonde aberration : incapable de soutenir un propos snobe (voire limité) autrement que par des paroles brutes, Limitless avance à l’aveugle dans une intrigue composée d’une multitude de rebondissements plus anodins les uns que les autres. Neil Burger réussit ainsi l’exploit de transformer l’extraordinaire en ordinaire où le sensationnel devient une banalité affligeante, voire ennuyante. Exemple le plus significatif de cette anesthésie générale: Eddie Morra, pauvre artiste devenu riche trader, se voit impliquer dans une sordide affaire d’assassinat, sortie de nulle part, et sans réelles conséquences, que ce soit pour lui ou pour le déroulement du scénario. La totalité des liens entre les personnages et les situations souffrent d’une profonde superficialité ; à croire que le scénario de Limitless repose sur la possibilité d’une attraction schizophrénique : écraser le spectateur d’effets provocants pour camoufler la fébrilité du vide proposé semble être l’unique plus-value proposée par le réalisateur.

Car si l’obscurité du film aurait pu être propice à une éventuelle maitrise de la mise en scène, Neil Burger offre aux yeux du spectateur une parure écrasant toutes notions de réel et de crédibilité : la plastique de son film ne se résume qu’à une succession vulgaire d’images animées, lourdes et fulgurantes. L’image numérisée jusqu’à satiété crée une impression d’amateurisme étonnante, tant la perfection de l’ensemble déborde de cet académisme post-youtube ringard et kitsch. Neil Burger emprunte ici-et-là des effets scéniques terriblement classiques dans le but d’apporter sa contribution au somptueux lot des films télévisuels, méprisants l’art du cinéma et de l’animation. David Fincher et Darren Aronofsky étant malheureusement déjà passés par là, le misérable Neil Burger ne brille que par sa supercherie satinée, dénuée de toute créativité.

Sous ses faux-airs de thriller machiavélique, Limitless apparait donc comme une banale fiction sans véritable fil conducteur. Son attrait à la narration sensationnelle, combiné à des effets visuels spectaculaires mais très vite agaçants, offre au film un intérêt des plus limités : baignant dans une multitude d’incohérences scénaristiques, Limitless ne retient son spectateur que pour la prestation de son acteur principal, Bradley Cooper, à qui l’on doit une interprétation convaincante mais aussi la production de cette inodore bavure hollywoodienne, bestiale et amorale. Les personnages secondaires sont quant à eux trop peu travaillés, et la présence éclaire de l’immense Robert De Niro ne peut difficilement évincer l’impression de vide que dégage ce clip MTV déguisé en long métrage.

Bruno R.

licence Creative Commons 3.0

Be the first to comment

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*