Critique : « Memento », un film de Christopher Nolan

Memento De Christopher Nolan Avec Guy Pearce, Carrie-Anne Moss, Thriller

Affiche du film Memento

Aujourd’hui devenu un des piliers du cinéma hollywoodien, Christopher Nolan possède néanmoins une filmographie plutôt décousue, parsemée de très bons films comme de mauvais. Le réalisateur possède cependant un graal, que beaucoup cherchent, et qui, avec le temps, s’affermit et prend définitivement la forme d’une œuvre intemporel et exemplaire. Ce graal est nommé Memento. Car, au delà même de son scénario atypique et particulièrement efficace, l’effet de style est convaincant et le film ne peut se targuer que d’un seul défaut majeur : sa relative simplicité physique. Pour le reste, c’est un sans faute.

Scotché de la première à la dernière seconde

Comme son titre aurait pu nous le faire deviner, Memento articule l’ensemble de son fonctionnement autour de la mémoire et des conséquences de ses possibles défaillances.

Leonard Shelby a vécu un drame : sa femme aimée fut brutalement violée et assassinée sous ses yeux, dans leur maison. Un des deux malfaiteurs réussira à s’échapper en assommant Leonard à l’aide d’une matraque. Cette blessure, morale mais aussi physique, fera perdre la mémoire à court terme du désormais veuf. Mais celui-ci, à l’aide d’astuces et d’organisation, va chercher par tous les moyens à se venger, et ce, malgré ses défaillances mémorielles.

Le scénario, qui peut paraître relativement classique au premier abord, est d’une efficacité remarquable. Dès les premières minutes, le spectateur est happé par le désir de vengeance du personnage principal, incarné de fort belle manière par Guy Pearce dont le charisme est évident. Cette introduction efficace permet aussi d’introduire très rapidement le mode opératoire du récit : à l’aide de flashbacks, qui pourront déstabiliser les moins attentionnés, Christopher Nolan parvient à créer une faille temporelle qui fait du spectateur le témoin affirmé du drame qui se déroule sous ses yeux.

Car l’originalité première de Memento est de commencer par la fin et de constamment revenir en arrière jusqu’au moment initial. Une boucle sous forme de cercle vicieux. Cette destruction temporelle, faisant sus à toute possible monotonie, réussie à redonner tout leur sens aux images et à leur intensité. Comment le personnage principal en est-il arrivé là et pourquoi ? Une question sans cesse posée dans l’esprit du spectateur tout au long du film et qui trouvera toutes ses réponses dans un final explosif aux révélations multiples. D’ailleurs, cette innovation de procédé, comme on pourrait l’appelé, est d’une telle réussite que de nombreux films suivront cette nouvelle « mode » : on pourrait citer par exemple l’excellent Irréversible qui se déroule sur un procédé similaire.

Quelques maladresses

Cette destruction linéaire du film provoquera néanmoins d’inéluctables nœuds dans le fil conducteur du scénario. Car Memento est un film difficilement accessible. La volonté d’originalité est certes marquante, mais celle-ci n’est pas sans conséquences. La mémoire du spectateur devra, elle aussi, être sans failles. En effet, les nombreux évènements, s’entremêlant constamment, auront comme conséquence un certain aveuglement chez le spectateur. Mais cela peut aussi être considéré comme une réelle force du film de Nolan, qui réussi à cacher aux yeux de tous la solution, pourtant évidente, de son puzzle.

Concernant la forme même du film, la réalisation générale reste très classique, hors évidemment l’effet yoyo du détraquement temporel. Le ton froid souligne la solitude du héros. Mais ce qui est le plus gênant est l’absence de réel cachet à l’image : les plans sont simplistes et la caméra n’est jamais exigeante ni ambitieuse. Tout le monde ne se nomme pas David Fincher, c’est un fait. Il reste néanmoins dommage que Nolan n’est pas invité son photographe à transmettre de plus de vitalité à travers son objectif.

Mais là n’est pas l’essentiel. Espérons juste qu’Inception soit aussi bon que ce Memento, qui est à ce jour le meilleur film de son réalisateur. Réponse dans une quinzaine de jours.

Bruno R.

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