« Nouveau départ », un film de Cameron Crowe

Nouveau départ De Cameron Crowe Avec Matt Damon, Scarlett Johansson, Comédie

Affiche du film Nouveau départ

Alors qu’il vient de perdre sa femme, Benjamin est confronté à la difficulté du rôle de parent unique qu’il doit endosser auprès de ses deux jeunes enfants que sont Dylan et Rosie. Fatigué du quotidien, il décide de tout quitter pour emménager dans une vieille maison qui abrite en réalité un zoo. Avec l’aide des employés, de ses enfants mais aussi de son frère, le père fatigué qu’est devenu Benjamin va tenter de relancer le zoo délabré, fermé depuis plusieurs années. Ne riez pas, ceci est une histoire vraie.

Récupération politique d’un thème désormais ancré dans les esprits de tous – l’écologie –, le film de Cameron Crowe est un modèle du film hollywoodien bancal proposant une morale rudimentaire basée sur l’absence de toute réflexion. Nouveau départ se résume en effet à hisser le paradigme de la beauté à son apogée – le père idéal, le fils façon Justin Bieber, l’employée de zoo belle et authentique – afin de déployer un message prémâché au possible digne d’une pathétique publicité. La vente du bonheur – concept inventé par le marketing de masse – colle alors à l’essence-même du film tant son déroulement semble être construit sur l’apologie d’une promesse utopique. Dans ce contexte, il n’est nullement étonnant de remarquer que le thème principal de la bande-sonore – usé jusqu’à satiété – est une copie éhontée de celui qu’utilise l’opérateur Free dans ses publicités. De même, il parait presque logique de voir apparaitre dans ce récit imaginaire le personnage de la fillette intelligente, parlant une langue aussi évoluée que celle de son père et chez qui les propos apparaissent comme sensés et vertueux – à l’image, encore, de nombreuses publicités qui utilisent l’enfance comme une des pièces centrales de la famille fantasmée.

Le casting est parfaitement à l’image de ce film creux préférant le conformisme à une quelconque prise de risque. Le couple à distance que forment Matt Damon et Scarlett Johansson ne brillera jamais par sa crédibilité tant son ancrage dans un récit aux antipodes de son appartenance apparait comme burlesque. De même, voir Elle Fanning – la jeune actrice bankable par excellence – dans cette fiction principalement composée de chimères conforte l’idée que Nouveau départ reste un film basé sur une approche visuelle du récit cinématographique, où le spectateur s’identifie d’abord à des figures connues et non à des personnages qu’il découvre.

A tous les niveaux, le film manque cruellement d’enjeux. La relation paternelle est abordée de la manière la plus simple possible – le film se contente de montrer, péniblement, que le père est un homme bon et le fils un enfant faussement incompris – tandis que la trame romantique ne se résume qu’à un vulgaire jeu de cache-cache amoureux dont le dénouement est déjà connu du spectateur dès la première rencontre. Quant à l’enjeu principal, celui concernant la réouverture imminente du zoo, celui-ci se montre encore plus sommaire, tant les évènements qui viendront agrémenter le récit d’une quelconque tension semblent avoir été écrits par un enfant âgé de dix ans – mention spéciale à la fin, où, le jour de la réouverture, un arbre arraché par la foudre bloque la route menant au zoo. Pendant deux heures, le film jongle ainsi de façon très maladroite entre plusieurs trames qui, à l’arrivée, n’auront jamais eu l’occasion de dévoiler le dixième de leur potentiel. Le pathétisme voulu des différentes situations – la mort de la personne aimée, les difficultés financières – ne prendront ainsi jamais forme, tant l’accumulation des extrêmes privera le film de tout pouvoir d’immersion.

Comme nombre de films surproduits par une profusion démesurée de sensationnalisme, le pitch de Nouveau départ reste avant tout un mensonge. Et si le générique arbore fièrement, sur fond de musique épique, la fameuse phrase « inspiré d’une histoire vraie », personne ne sera dupe. Personne, en effet, ne peut être dupe face à une volonté autant incontrôlée de vendre, en permanence, l’archétype idéal du rêve américain – celui de la famille, de l’entreprise, de la réussite. Personne ne peut être dupe devant une trame autant stéréotypée, aux personnages gras et aplatis au possible par une envie folle d’en faire des symboles universels – chose qu’ils ne sont pas –, et aux causes, d’un point de vue moral, exceptionnelles car utopistes, grandioses et définitivement unanimes. Non, Nouveau départ n’est pas le modèle qu’il pense être – celui du film hollywoodien gentil mais dénonciateur – c’est d’ailleurs tout le contraire : il s’agit d’un film plus que paresseux sur la question de la reconstruction, du combat contre la déliaison sociale et du pouvoir financier. Tout est beaucoup trop lisse pour donner au film une once de véracité.

Bruno R.

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