« Poetry », un film de Lee Chang-Dong

Poetry De Lee Chang-Dong Avec Yoon Jung-hee, David Lee, Drame

Affiche du film poetry

Adulé par la quasi-totalité de la presse spécialisée et récompensé par le gratifiant « Prix du scénario » au dernier festival de Cannes, Poetry avait de quoi intriguer notre curiosité. S’inscrivant dans un cadre dramatique, le film de Lee Chang-Dong représente malheureusement l’archétype parfait de l’œuvre inutilement surenchérie car composée d’une charge émotionnelle relativement pauvre. Le sujet avait de quoi faire rire ou pleurer. Il ne provoquera finalement qu’une indifférence terrifiante, synonyme d’un oubli irréfutable.

Un film empathique

Le film commence d’une manière à la fois sordide et poétique. Un plan d’eau, des rires d’enfants et un cadavre flottant forment les premières images du futur drame sentimental qui se déroulera sous nos yeux. Mija, une sexagénaire coréenne au tempérament excentrique, ne vit que pour son petit-fils âgé d’une douzaine d’années. Emplie de curiosité, elle décide de s’inscrire à des cours de poésie afin d’émerveiller son quotidien trop souvent composé d’amertumes et de monotonie. Mais son destin sera rattrapé par la fatalité d’un évènement morbide qui la plongera dans un tourbillon de questionnements existentiels.

La grande force du scénario de Lee Chang-Dong est de réussir à créer dès les premiers instants une réelle empathie envers Mija. Interprétée avec grandiloquence par la célèbre actrice coréenne Yoon Jung-hee, une incroyable complicité est en effet créer dès les premiers instants entre le spectateur et cette sublime femme. Toujours seule, souriante et finalement si attendrissante, le personnage est travaillé comme jamais et parvient à porter sur ses épaules toute la lourdeur des thèmes abordés: la douceur de sa vie laissera place au suicide et au viol. Ce choix, plutôt didactique, est d’une efficacité redoutable et donnera au personnage une âme extraordinaire.

Malheureusement, ce personnage, véritable pierre angulaire d’un scénario finalement assez pauvre, représentera l’unique attrait d’un film souvent trop plat et sans saveurs. Car si l’anticonformisme des protagonistes de Poetry leur apportera inéluctablement un pathétisme primaire, leur interaction scénaristique est généralement d’une simplicité effroyable. La relation familiale de Mija avec son petit-fils est plate et très souvent incohérente : au-delà d’un échange amical matérialisé par une partie de badminton, les deux êtres n’arriveront jamais à bouleverser nos cœurs de pierre. Le travail émotionnel est ainsi d’une terrible insuffisance car, mise à part une scène à la brutalité réjouissante où Mija enseignera l’acte sexuel à un infirme, rien de bien croustillant n’est à mettre sous la dent du spectateur. Le véritable problème scénaristique du film de Lee Chang-Dong est en fait sa surprenante imperfection. Tant de portes ouvertes resteront en effet à jamais fermées. Alzheimer n’est ainsi qu’abordée superficiellement alors que le thème, confronté à la poésie, paraissait succulent. Dommage, car l’assemblement de tant d’éléments apparaitra bâclé car trop peu approfondi.

La poésie est elle aussi présentée d’une manière extrêmement brute et parfois caricaturale : les passages où Mija appréhende son environnement sont ainsi d’une vulgarité extrême. Par exemple, la scène où cette dernière observe une pomme, afin d’y puiser son inspiration, est maladroitement sublimée par une approche beaucoup trop métaphorique.

Plutôt ennuyeux

D’un point de vue purement technique, Poetry s’en sort avec les honneurs. A l’aide de plans travaillés et de contre-champs ravageurs, Lee Chang-Dong parvient à illustrer avec brio le coté dramatique de son récit. La performance, à savoir filmer le lyrisme de la poésie, était difficile mais néanmoins parfaitement réussie.

Cependant, Poetry souffre d’un incroyable manque de rythme. Les séquences sont longues, parfois inutiles et souvent ennuyeuses. Certaines scènes, notamment celles où Mija se rend à des séances de lectures poétiques, sont d’une lenteur exécrable. La barrière de la langue n’arrangeant pas les choses et ne permettant pas d’apprécier les vers à leur juste valeur, le spectateur aura le temps de regarder sa montre à de nombreuses reprises. De plus, le choix de présenter le scénario d’une manière très réaliste et sans superficialités le rendra paradoxalement énormément ennuyeux. L’absence de musique, rapprochant l’image à l’écrit, accentuera malheureusement ce ressenti.

Au-delà d’un jeu d’acteur époustouflant et d’un dernier quart d’heure incroyablement réussi, Poetry laisse un gout d’inachevé. L’arborescence des thèmes est parfois hasardeuse et le rythme mal maitrisé pénalisera un scénario astucieusement écrit, présentant l’émouvant portrait d’une femme qui ne souhaitait vivre sa vie qu’à travers l’amour de celle-ci.

Bruno R.

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