Critique : « Répulsion », un film de Roman Polanski

Répulsion De Roman Polanski Avec Catherine Deneuve, Yvonne Furneaux, Drame

La multitude de possibilités offerte au cinéaste pour aborder la déviance du comportement humain a permis de produire de si divers films qu’ériger la folie en tant que genre cinématographique à part entière parait peu judicieux. Néanmoins, force est de constater que certains réalisateurs sont parvenus à bâtir un ensemble de codes – dont la proximité avec le malade est le principal – qui viendront influencer une série interminable d’autres films. Parmi les films presque fondateurs du non-genre que représente la folie, Répulsion apparait comme une référence incontestable. En faisant de l’aversion des hommes l’une des sources principales de la folie d’une jeune femme soumise à elle-même, Roman Polanski est parvenu à produire un film terrifiant sur le rejet des conventions, dont beaucoup se sont aujourd’hui inspirés – voir Black swan de Darren Arronofsky.

Répulsion joue sur la dualité de ses univers. Evidemment, celle entre la réalité et l’imaginaire apparait comme la plus frappante puisque le jeune Polanski a fait le choix de partager avec le spectateur les visions horrifiques que la triste Carol perçoit. Se succèdent ainsi de nombreuses scènes hallucinatoires où la jeune fille est en proie aux attaques virulentes de son esprit, matraquée par le traitement que les hommes lui réserve et qu’elle semble juger particulièrement envahissant – on y aperçoit des silhouettes d’hommes fantomatiques ou encore des mains masculines tripotant le corps vierge de la jeune femme. En découle alors l’autre dualité frappante du film, celle entre l’homme et de la femme. Le contexte de l’époque étant bien entendu prépondérant – nous sommes à Londres en 1965 en pleine révolution sexuelle – Polanski oppose au personnage de la femme une figure presque antipathique de l’homme qui se veut intéressé, prédateur et donc sauvage. A l’exception de Colin, qui éprouve un amour des plus sincères envers Carol – on le voit presque se battre avec ses amis qui se moquent de son attitude à l’égard de celle-ci –, l’homme apparait toujours dans le quotidien de Carol comme une sorte de nuisance dangereuse.

D’un point de vue purement formel, Polanski ose encore jouer sur les dualités pour faire de Répulsion un objet autant unique par sa capacité à créer sa propre expression que générique par le reflet qu’il renvoie d’une époque bâtit par l’émergence de nouveaux auteurs créatifs et libertaires. Le noir et blanc, si utilisé à cette période par de nombreux jeunes cinéastes leur permettant, notamment, de camoufler de faibles éclairages, donne ici à l’image une tonalité évidente pour souligner la duplicité comportementale du personnage principal. La beauté de cet éclairage souvent gras tire son attrait d’une personnification de la lumière-même, à l’image des expressionnistes allemands dont Polanski s’est parfaitement inspiré pour composer son film. Là encore, de l’absence de lumière survient une nouvelle dualité, plus généraliste cette fois-ci, entre l’intérieur et l’extérieur. Le cloisonnement voulu de Carol souligne, une fois encore, sa volonté de refuser l’inconnu et l’étranger –les rares moments où celle-ci sort sont souvent marqués par de mini psychodrames provoqués. Les rideaux tirés apparaissent alors comme la barrière protectrice de son univers sombre et sans aucunes traces de vie.

Répulsion soulève, en pointillé, la problématique de la folie et du traitement qu’elle impose. La fin, finalement très pessimiste, veut que l’ignorance triomphe de l’univers incompris de la schizophrénie. Si Polanski fait le choix intelligent d’éviter d’user du triomphalisme d’une morale qui ne serait qu’éphémère devant la complexité d’un tel sujet, la force avec laquelle il s’empoigne à faire partager la souffrance de toutes ses victimes est géniale. Et ce n’est pas la valeur ajoutée que représente ce rôle inhabituel offert à Catherine Deneuve qui viendra ternir un ensemble plus que mémorable.

Bruno R.

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