Critique : « Robin des bois », un film de Ridley Scott

Robin des bois De Ridley Scott Avec Russell Crowe, Cate Blanchett, Action

Affiche du film Robin des bois

Les couples cinématographiques ont décidément la côte ces temps-ci. Après Johnny Depp et Tim Burton, qui nous ont accouché d’un Alice aux pays des merveilles triste de platitude, et après celui composé de Leonardo DiCaprio et de Martin Scorses pour Shutter Island, voici que le couple Ridley Scott/Russell Crowe se représente à nous à travers ce Robin des bois, cinquième film issu de leur collaboration.
Encore un Robin des bois, me diriez vous ? Oui, et malgré une mise en scène d’un classicisme effroyable, ce Robin des bois là risque de vous surprendre.

Un air de déjà-vu

N’y allons pas par quatre chemins : pour tous ceux qui attendaient de ce nouveau bébé le messie du film de guerre épique, il n’en sera rien. Car plus de dix ans après sa sortie, Gladiator restera encore et toujours l’unique enfant prodige du couple ensanglanté. Bien évidemment, et comme la bande annonce semblait l’annoncer, les ressemblances entre les deux frères sont plus que flagrantes : mise en scène léchée, rythme incroyablement soutenu et personnage héroïque en quête d’identité. Le tout saupoudré d’une dose d’amour non négligeable. Et là est une des plus grandes forces de ce Robin des bois new age : tout est fait pour que le spectateur n’ait jamais à regretter les pauvres euros qu’il a souhaité investir en échange d’une extrême dose de divertissement. La mission est indiscutablement accomplie. Le rythme, basé sur une alternance entre scènes scénaristiques et scènes d’action épiques, est incroyablement maitrisé et permet aux homo œconomicus que nous sommes de se satisfaire amplement du spectacle proposé.

La réalisation générale n’est pas en reste avec des plans soignés, odes à l’Angleterre fluorescente des siècles perdus, et des costumes particulièrement saisissants de réalisme. L’immersion est donc totale.
Mais, car il y a un « mais », cette mise en scène, malgré sa qualité indéniable, est malheureusement d’un classicisme incroyable qui provoquera dégout à tout amateur de virtuosité cinématographique. Car tout a en effet un goût de déjà vu, et le film n’arrivera jamais à s’éloigner des sentiers battus. Les combats, efficaces, sont cependant, à de nombreux moments, des répliques parfaites du frère ainé Gladiator : je pense notamment à ces passages à cheval où le talentueux Russell Crowe hache un à un ses effroyables ennemis. Les dialogues, très simples et parfois naïfs, rappellent eux aussi indéniablement des passages de cet incontournable Gladiator : je pense à ces monologues idylliques d’un héros représentant les faibles et affrontant les puissants. Toutes ces ressemblances semblent ainsi matérialiser l’inéluctable répétitivité des œuvres de Ridley Scott et cet incroyable manque de risque qui semblent de plus en plus le caractériser. A tel point que l’on pourrait avouer que ce Robin des bois n’a, sur sa forme, aucune identité. Mais finalement, là n’est pas la question. Car il est en effet clair que ce Robin des bois est indiscutablement surprenant sur son fond.

La genèse de Robin des bois

Robin des bois, l’homme en collants verts et pillant les riches pour aider les plus pauvres ? Plus maintenant. Oubliez tout ce que vous savez sur le personnage car Ridley Scott a voulu proposer quelque chose de nouveau et de plus rafraichissant en présentant, non pas la face connue du personnage, mais plutôt les évènements qui conduiront à faire de ce terrible archer un attendrissant Robin des bois. Le scénario, à base de complot politique et de trahison familiale, est plutôt convaincant tout en restant parfaitement accessible. L’intrigue se noue ainsi limpidement, doucement mais surement.

Le véritable point faible que l’on pourrait accorder à ce choix scénaristique est le surprenant manque de saveur du personnage principal : pas très charismatique, Robin des bois n’est pas spécialement attachant malgré une tentative d’attendrissement à travers son passé douloureux. Ne vous attendez donc pas à vous retrouvez devant un scénario digne des plus grandes fresques hollywoodiennes, mais cette innovation scénaristique surprenante est particulièrement agréable. Tout le mérite revient donc à Ridley Scott d’avoir osé proposer de la nouveauté sur un personnage très habitué au cinéma et aux contes en tous genres.

Film dans l’air du temps, par son approche économique et politique, Robin des bois made in Ridley Scott est un film du genre assez réussi. Divertissant, éblouissant par moment et extrêmement juste, par son équilibre parfait entre action et scénario, le film se veut malheureusement extrêmement classique et peu surprenant. Dommage, car la qualité générale de l’œuvre est indéniable mais celle-ci manque indéniablement de réelles saveurs.

Bruno R.

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