Critique : « Savages », un film de Oliver Stone

Savages De Oliver Stone Avec Taylor Kitsch, Aaron Taylor-Johnson, Blake Lively, action

Affiche du film Savages

Après une multitude de films plus ou moins convenus, Oliver Stone revient à ses fondamentaux avec Savages, romance contemporaine sur fond de narcotrafic. Malgré un synopsis des plus classiques – deux jeunes trafiquants, qui aiment une même femme, voient leur business menacé par des mexicains envieux –, on aurait pu croire au retour en grâce d’un réalisateur qui, dans les années 80, connu le succès planétaire en incarnant une certaine forme du politiquement incorrect avec des films comme Platoon, Salvador ou, plus tard, Tueurs nés. Las, malgré son casting doré, Savages ne restera qu’un film parmi tant d’autres, étouffé par ses nombreuses maladresses d’écriture et la lourdeur de sa mise en scène peu inspirée.

Au vu de la finesse d’Oliver Stone, cinéaste autant réputé pour ses multiples provocations que pour la violence de ses long métrages, le caractère subversif de Savages n’a rien d’étonnant. Le film est en effet un grand désordre, une agitation perpétuelle, qui a fait de l’insolence l’unique fil conducteur de son récit. Principale raison de ce ressenti, la souplesse de la narration, qui alterne avec vivacité plans colorés et séquences explosives, à la manière d’un clip musical sensationnel. Le tout est orchestré par des situations délibérément grotesques – voire nihilistes – qui, dans leur ton, se situent entre le gore et le comique de situation. Ce traitement si particulier, mais néanmoins très commun dans le film de genre – on pense évidemment à Robert Rodriguez ou Quentin Tarantino –, ne manquera pas de créer un second degré que l’on aurait néanmoins espéré plus prononcé. Il faut dire que le film jongle de manière très maladroite avec ses composantes et souffre d’un déséquilibre plus que frappant en enchainant scènes d’action ratées – les attaques des convois, d’une mollesse aberrante – et longues séquences de dialogues, souvent très creuses.

De plus, quand on connait l’importance qu’ont les personnages dans ce genre de film qui ne se refuse presque rien, difficile de ne pas s’étonner du traitement effectué sur les trois protagonistes principaux qui, caricatures ultimes de la jeunesse californienne, souffrent d’un manque incontestable de personnalité. Ne brillant que pour leur carapace plastifiée, les stéréotypes qu’ils représentent, prosaïques au possible, ne sont que très peu adaptés au scénario et apparaissent comme des fantômes vides de toute substance. Les seconds rôles, eux, excellent, notamment grâce aux performances remarquables de Benicio del Toro et John Travolta, coutumiers du genre auquel appartient le film. Salma Hayek, dans un rôle de parraine sexy et décentrée, parvient elle aussi à convaincre.

Pour éviter d’endormir son spectateur, Stone use du fameux triptyque de la perversion – sexe, drogue, violence – jusqu’à épuisement, quitte à sombrer dans une vulgarité emmurée. Même le viol, souffrance physique et morale suprême, se retrouve dans son cinéma dénué de toute tension dramatique. Caricature de son propre reflet, le film tente ainsi de s’expliquer par lui-même en usant d’un grotesque nettement trop surligné. La fin, pâteuse comme si droguée aux amphétamines, suivie de sa morale de bas étage, ne sont que les représentations les plus frappantes de l’ennui que représente ce film sauvage, certes, mais poncif.

Bruno R.

licence Creative Commons 3.0

Be the first to comment

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*