Critique : « Super 8 », un film de J.J. Abrams

Super 8 De J.J. Abrams Avec Kyle Chandler, Elle Fanning, Science-fiction

Affiche du film Super 8

Quel enfant n’a jamais frissonné devant l’indémodable chef d’œuvre qu’est E.T ? Surement pas J.J Abrams qui, avec une impressionnante réussite, ose lui emprunter ses plus singuliers ingrédients pour réaliser son Super 8. Si son manque d’originalité pourrait rebuter nombre de spectateurs avertis, Super 8 possède néanmoins la magie souvent absente du genre de récit auquel il appartient : c’est un condensé d’émotions qui propulse le classicisme de son schéma narratif dans la lignée des plus grandes œuvres hollywoodiennes de science-fiction.

Super 8 retrace l’histoire d’une bande de gosses souhaitant réaliser un film de morts-vivants. Armés de leur caméra et de leur vitalité, les enfants décident de tourner une scène sur le quai d’une gare quand un train déraille sous leurs yeux apeurés par tant de spectacle. Mais depuis l’incident, de mystérieux évènements se produisent dans leur petite ville tranquille de l’Ohio.

Aborder Super 8 comme le vulgaire plagiat d’un fanboy de Spielberg serait une grossière erreur. Car si le film de J.J Abrams parvient à convaincre par la véracité des émotions qu’il procure, c’est avant tout grâce à la concordance parfaite de ses composantes : le spectre du Monstre, combiné à la nécessité du tournage amateur d’un groupe d’enfants, parvient à établir un contraste des plus intelligents entre deux situations considérablement opposées. La dramaturgie d’une situation devenue incontrôlable, que ce soit par la force des choses (la puissance physique du Monstre) ou par la tournure des évènements (le maquillage de la réalité par l’armée), fait ainsi bercer le film dans un environnement des plus fantastiques où seule la capacité des enfants à rétablir la vérité éblouit le récit d’une once d’optimisme. Cet affrontement idéologique entre l’imaginaire de l’enfant et le pessimisme de l’adulte impose alors par son inégalité une compassion profonde pour l’enfant : l’un des moments forts du film voit Joe, l’enfant-héros, se disputer avec son père au sujet de sa relation avec Alice, la fillette d’un alcoolique jugé irrécupérable. La puissance émotionnelle de l’affrontement créé une profondeur, une précision dans les relations humaines. Les personnages sont vivants.

Dans le même sens, la mise en scène réjouissante de Super 8 parvient à brouiller les frontières de son récit en offrant une liberté quasi-totale aux personnages qui le composent. Cette scène où la voiture des enfants croise celle des parents dans l’anonymat le plus total est l’exemple le plus significatif de l’affranchissement dont jouissent les protagonistes. Bien entendu, ce sentiment est accentué par le drôle d’effet que créé toujours « le film dans le film ». Quand les enfants décident d’apporter un grain de réalité dans leur fiction (cette fameuse plus-value de la production) en instrumentalisant l’image de l’armée ou celle d’un train libre de sa destination, il s’agit encore de cette recherche obsessionnelle de liberté: J.J. Abrams parvient à créer de l’action à partir d’un rien ou d’un malentendu visuel. L’essai réalisé dans la gare par Alice (interprétée à la perfection par l’étonnante Elle Fanning) prouve, qu’une fois de plus, la vie fait partie intégrante de Super 8.

La nostalgie dans laquelle est bercé le film lui donne un aspect affectif des plus expressifs. Super 8 contemple son époque en offrant aux technologies d’aujourd’hui le moyen de s’exprimer. Particulièrement visible dans les séquences filmées en Super 8, cette dualité entre passé argentique et avenir numérique offre au film ses plus beaux moments. Condamné à l’apologie d’une technologie désormais enterrée, J.J. Abrams donne aux spectateurs le moyen de se plonger dans des souvenirs enfouis au plus profonds d’eux-mêmes : le walkman comme révolution technologique, le BMX comme moyen évasion ou encore le disco comme mode musicale intemporelle, la nostalgie porte le spectateur avec une sincérité étonnante. A l’image de sa sublime scène finale, qui voit le temps s’arrêter le court d’un instant crucial, le culte du passé est d’abord abordé par Super 8 comme un moyen d’affronter sereinement l’avenir. Signe des grands films, la magie du spectacle et du passé opère avec une facilité stupéfiante.

Bruno R.

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