Critique : « The Dark Knight Rises », un film de Christopher Nolan

The Dark Knight Rises De Christopher Nolan Avec Christian Bale, Tom Hardy, action

Affiche du film the dark Knight rises

Film le plus attendu de l’été et, pour certains, de l’année, The Dark Knight Rises n’aura cessé ces dernières semaines d’animer l’actualité cinématographique à grands coups de bandes annonces tapageuses, d’images inédites de tournage, de révélations plus ou moins excitantes, et même d’un making-off inattendu mis en ligne avant la sortie du film – dévoilant ici et là des détails supplémentaires sur l’intrigue. Derrière cette communication monstre, pour ne pas dire envahissante, symbole des temps actuels, se cache surtout l’aboutissement d’une trilogie qui, au côté des Spider-Man de Sam Raimi, aura incontestablement marqué son époque faite d’une avalanche de films plus ou moins bons de super-héros et qui n’aura laissé que peu de répit aux inconditionnels du genre. Mais si les Hulk, Iron Man, Green Lantern, Daredevil et autres Captain America misent d’abord sur une sacralisation classique et habituelle de l’Héros – avec ou sans supers pouvoirs –, le Batman de Christopher Nolan reste le reflet métaphorique de l’homme occidental, armé de son abondance de capital et de savoir. En faisant de Batman une personnification ultime de la morale au sens large du terme, Nolan est parvenu à adapter son cinéma de toujours – celui de la manipulation et du déséquilibre psychologique – au cinéma typiquement hollywoodien, fait de personnages désireux et désirables, de révélations successives et de scènes d’action effrénées. Cette prouesse autant scénaristique que technique aura fait de sa trilogie l’une des plus singulières des dernières décennies, tant la manière dont Batman, héros jouissant d’une popularité inégalée, aura été traité relève véritablement de l’exploit – surtout à une époque où le cinéma devient un art de moins en moins suggéré, écrasé par l’importance de l’image et du progrès technique.

Après la naissance dans Batman Begins et la mort dans The Dark Knight, c’est avec logique que ce troisième volet traite de la renaissance de Bruce Wayne, détruit par la mort de Rachel Dawes causée par le Joker. Huit années se sont déroulées depuis, huit années où Batman n’est pas apparu puisque celui-ci s’est volontairement accusé du meurtre du procureur Harvey Dent, véritable héros populaire qui, pour l’opinion, a réussi à rétablir la sécurité et la justice dans la ville de Gotham, autrefois rongée par le crime et la corruption. C’est dans ce contexte de doutes et de questionnements existentiels – Bruce Wayne peut-il survivre sans Batman, et inversement ? – qu’un nouveau danger menace la ville, celui d’un mercenaire, Bane, appelé aussi l’homme masqué. Alors que les attaques de ce dernier se multiplient, Wayne décide de renfiler le costume pour retourner protéger une ville aux abois.

A la manière d’une grande partie des films de son réalisateur, The Dark Knight Rises reste ancré dans l’actualité et le quotidien. Dans The Dark Knight, chacun des plans évoquait le spectre de l’attaque terroriste et, plus précisément, du 11 septembre où les buildings enflammés faisaient résonner en nous la terrible journée qui fit définitivement entrer le monde dans le XXIème siècle. The Dark Knight Rises est quant à lui un film purement capitaliste, traitant de la crise actuelle – et éternelle ? – avec alarmisme et défaitisme : corrompue, égoïste et esclavagiste, l’élite est décriée avec hargne – la bombe nucléaire déployée par Bane constituerait alors la seule solution au problème tant le mal semble enraciné. Dans ce contexte, le millionnaire Bruce Wayne apparaît, une fois de plus, comme l’anti-héros par excellence. L’enjeu du scénario repose alors dans la condition de héros que le Batman implique à Wayne, véritable pierre angulaire de la trilogie, qui a perdu foi en la vie et en son utilité. Comme lui affirme Alfred, son majordome, Bruce Wayne pourrait voir en Bane un moyen d’offrir sa vie à une cause noble afin de lui donner un véritable sens : « je n’ai pas peur que vous disparaissez, j’ai peur que vous le souhaitez ». Néanmoins, si le film se veut évidemment psychologique, son penchant dramaturgique se montre nettement moins profond que dans les deux premiers épisodes, notamment car ceux-ci osaient aborder l’histoire avec noirceur abyssale, presque crépusculaire, tandis que ce dernier volet reste, indiscutablement, beaucoup plus accessible et grand public. A l’image de sa fin avortée, il manque au film l’audace de ses prédécesseurs, que ce soit dans son traitement ou dans son écriture. L’omniscience des personnages – combien de séquences où Batman se trouvera au bon endroit au bon moment sans réelles explications ? –, l’extravagance de certaines révélations ou encore l’extrême simplicité de nombreuses situations – encore et toujours la fin – rappellent ainsi que The Dark Knight Rises reste, avant toute chose, l’adaptation d’un comic.

Si le scénario déçoit quelque peu dans ses aboutissements, tout en étant très largement au dessus des habituelles productions du genre, Nolan parvient à décrire ses personnages avec une stupéfiante parcimonie en les érigeant en véritables figures cinématographiques. Force est de constater que les nombreux nouveaux personnages sont intégrés avec une intelligence remarquable, respectant les standards aussi bien graphiques que narratifs du comic. Catwoman, interprétée avec perfection par l’élégante Anne Hathaway, Bane ou encore Blake disposent chacun de la profondeur nécessaire à leur bonne intégration dans le récit, tandis que leurs corps sont filmés avec grâce, de manière à bâtir la mythologie indispensable au genre auquel appartient le film.

Fait d’une succession de scènes d’action enivrantes – malgré les musiques envahissantes de l’incontournable Hanz Zimmer – et de paroles en quantité contrôlée, The Dark Knight Rises clôt la trilogie avec une certaine amertume. Et si le film regorge de maladresses très regrettables, force est de constater qu’avec Nolan, le blockbuster se veut intelligent.

Bruno R.

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