Critique : « The Green Hornet », un film de Michel Gondry

The Green Hornet De Michel Gondry Avec Seth Rogen, Jay Chou, Genre: action

Affiche du film The green hornet

Adaptation cinématographique d’un comic book pas très populaire, The Green Hornet est un film qui colle parfaitement à l’image de son réalisateur, maitre du bricolage et du second degré assumé. Car si les observateurs pourront le qualifier de blockbuster hollywoodien, affirmation exacte tant les moyens sont importants et les effets spéciaux nombreux, il parait néanmoins évident que The Green Hornet est surtout caractérisé par son ton des plus fantaisistes, berçant à la fois dans l’absurde et dans le potache. En ce sens, le film ne rentre pas totalement dans les sentiers battus des productions habituelles de super-héros, qui préfèrent généralement privilégier une approche idéalisée et crédible d’un personnage auquel le spectateur peut – et souvent souhaite – s’identifier. Ici, le déroulement de l’intrigue est simplifié au possible, se limitant généralement à un enchainement de scènes d’action qui viennent entrecouper des séquences humoristiques ayant pour objet la relation entre les deux personnages principaux que sont Brit et Kato.

 

Le second degré est ainsi l’angle choisi par Michel Gondry pour raconter cette histoire qui reste totalement irréaliste alors bien qu’aucun de ses personnages ne disposent de pouvoirs extraordinaires. Brit, fils unique d’un patron de presse tout juste décédé, rêve de devenir un justicier masqué et va profiter de sa position de directeur de journal – statut dont il a hérité de son père – pour médiatiser les sorties de son personnage, le fameux frelon vert, dont l’identité est inconnue du plus grand nombre. Sa rencontre avec Kato, ancien employé de son père défunt, va alors lui donner tous les moyens de ses ambitions puisque ce dernier, en tant que véritable génie en mécanique, bricolage et arts martiaux, va lui confectionner toute une panoplie d’accessoires allant de la voiture blindée au pistolet à gaz. A travers le couple décapant que forment les deux hommes, Michel Gondry expose une vision très américaine du duo cinématographique, puisque celui-ci répond parfaitement aux critères de la fameuse bromance, mot formé des contractions de «brother» (frère en anglais) et romance, qui désigne cette alliance amicale entre deux personnages masculins que tout semble opposer. La relation entre les deux personnages principaux forme ainsi le pilier majeur du film, qui fait de leur opposition aussi bien physique que comportementale la source privilégiée de nombreuses blagues et autres situations cocasses. D’une manière finalement assez simpliste, l’humour marche à plein régime, d’autant que les personnages disposent d’une réelle psychologie qui leur confère une épaisseur indispensable au succès des effets comiques dont ils sont la matière.

Cette simplification extrême de la trame narrative se retrouve aussi dans ces évènements volontairement inexpliqués – et inexplicables – qui voient Kato puis, plus tard, Brit, disposé de pouvoirs surnaturels qui leur donnent une vision accrue et un sens du combat digne des protagonistes de Matrix. Dans la dernière heure, le délire devient alors l’unique élément animant les protagonistes, qu’ils soient bons ou mauvais, et provoquera des séquences complètement extravagantes et, avouons le, remarquablement amusantes : par exemple, une d’elles voit les deux complices prendre l’ascenseur d’un immeuble à bord d’une voiture coupée en deux.

Film totalement décomplexé dans son déroulement et le traitement de son intrigue, The Green Hornet bénéficie d’une mise en scène savamment orchestrée autour de cette envie audacieuse de faire du neuf avec du vieux. Car si la banalité des effets spéciaux employés – les ralentis et autres explosions – pourrait faire penser que le film répond parfaitement aux codes hollywoodiens actuels, l’originalité avec laquelle ceux-ci sont employés force l’admiration tant ils parviennent à donner au film une identité propre, rendant hommage de la plus belle des manières à sa nature première, c’est-à-dire le comics, avec ses effets très stylisés et son patchwork particulièrement travaillé. Comme dans tout film de Michel Gondry, en somme.

Bruno R.

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