Critique : « The social network », un film de David Fincher

The social network De David Fincher Avec Jesse Eisenberg, Justin Timberlake,  Drame

Affiche du film The social network

Une idée peut changer le destin d’une personne. L’idée de Mark Zuckerberg changera le quotidien de 500 millions d’êtres humains. Véritable phénomène de société et symbole d’une société à l’ère du numérique et de ses excès, Facebook est devenu en l’espace de quelques années seulement un des sites internet les plus visités au monde. Derrière ce mastodonte, pesant aujourd’hui près de 25 milliards de dollars, se cache ce fameux Mark Zuckerberg, âgé de 26 ans et ancien élève de l’emblématique école d’Harvard.

C’est sur ce destin de jeune premier que David Fincher décide de poser sa talentueuse caméra. Critiqué par nombres de personnes, ce choix cinématographique, à la fois ambitieux mais tellement conventionnel, risque bien, paradoxalement, de vous surprendre. Dans le bon sens du terme.

La genèse d’un milliardaire

La tache du réalisateur était d’une difficulté qui pouvait paraitre insurmontable : retracer la création d’une success-story comme Facebook, toujours en plein essor, se relevait en effet problématique sur bien des points.

D’un point de vue légal tout d’abord. The social network étant adapté de The Accidental Billionaires […] de Ben Mezrich, roman qui, comme son nom l’indique, fustige les créateurs du réseau social, le film allait à coup sûr lever une polémique qui dépasserait tout ses intervenants. Néanmoins, et comme l’affirmera Fincher plus tard, le film fut très rapidement produit et réalisé sans aucunes barrières législatives.

Mais c’est surtout d’un point de vue cinématographique que le film du réalisateur américain allait soulevait de nombreuses interrogations. En effet, comment parvenir à passionner pendant près de deux heures sur un sujet qui, avouons-le, n’est pas le plus intriguant qui soit ? Là est le véritable tour de force de David Fincher qui, à travers la description d’une personnalité aux multiples contradictions, réussit à créer un véritable antihéros symbole de notre époque.

Oubliez la noirceur de Seven, le suspens de Zodiac ou le lyrisme de Benjamin Button. The social network est un film qui fait figure de révolte dans la filmographie de son réalisateur. Car, à l’image de son affiche, ce dernier est rempli de contradictions. A la fois simpliste sur de nombreux points mais tellement intriguant dans son traitement, le film parvient à tenir sans cesse son spectateur en haleine durant l’intégralité de son déroulement. Le rythme est ainsi le véritable point fort de The social network car, après une première scène totalement ratée qui décrit d’une manière plutôt grotesque et caricaturée le comportement de Zuckerberg, le film prend un envol sidérant : on se passionne en effet rapidement pour ce jeune étudiant, surdoué mais tellement arrogant, qui parviendra à mettre tout son savoir au service d’une idée de génie. Mais le succès est une source de jalousie facile et Zuckerberg coulera rapidement sous les procès. Cette idée émanait-elle réellement de son esprit ? Et a-t-il abusé de sa toute puissance pour expulser de l’entreprise son meilleur ami qui fut aussi le premier financeur du projet ? C’est donc sous ces deux procès que le film évoluera en y présentant leurs évènements majeurs sous forme de flash-back. Un procédé intelligent qui aura le mérite de dynamiser incroyablement un film qui privilégie les dialogues à l’image.

Priorité aux dialogues

The social network est incontestablement un film parlant mais intense. Pas d’action, pas de points culminants ni d’apogée émotionnelle, il pourrait se relever sans grandes saveurs. Mais celui-ci est nettement plus profond. Sans longueurs, sans scènes inutiles et sans supercheries providentielles, The social network parvient à transcender son propos en lui attribuant une portée universelle. Car le personnage décrit est véritablement le stéréotype de l’enfant occidental du XXI siècle. Intéressant dans son essence, celui-ci est d’une lâcheté parfois sidérante mais d’une ingéniosité toujours éloquente. Le succès éclair de Facebook lui explosera dans les mains et fera de son destin un destin semé d’embuches et de questionnement existentiel. Cette scène où le jeune milliardaire se retrouve seul à ajouter son ex, qui fut l’élément déclencheur de sa nouvelle vie, dans ses amis Facebook est d’une symbolique puissante : et si l’homme qui créa le réseau social le plus utilisé au monde était asocial ?

Au delà de cette approche souvent métaphorique et imagée, le film ne lésine pas sur ses efforts de mise en scène : plans souvent classiques mais ingénieux, photographie propre, musiques judicieusement choisies. Cependant, l’esthétique sublime des derniers films du réalisateur ne sera malheureusement qu’un lointain souvenir car The social network est, dans sa forme, d’un classicisme parfois regrettable. Même si le sujet du film est forcément réducteur. A ce propos, la scène de la course d’aviron, sublimée par une approche majestueuse de l’effort physique, est ainsi symbolique et apparait donc comme un signe certain du manque d’épanouissement de Fincher avec The social network.

Inévitablement, The social network divisera les foules. A la fois classique mais réjouissant, le film de David Fincher cède parfois devant une caricature abjecte (notamment sur le coté technique de Facebook) pour satisfaire la masse. Néanmoins, par son traitement à la limite de la perfection, le film est d’une justesse certaine et d’un divertissement indéniable. Mais surtout le symbole de ce début de siècle propulsé dans l’ère du numérique avec une violence parfois brutale.

Bruno R.

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