Critique : « The We and the I », un film de Michel Gondry

The We and the I  De Michel Gondry Avec Joe Mele, Meghan Murphy, comedie

Affiche du film the we and the i

Film d’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs, The We and the I se positionne comme l’un des longs métrages les plus singuliers du festival de Cannes, principalement pour deux raisons. La première, évidente, est que son réalisateur, le français Michel Gondry, est un cinéaste des plus atypiques, tournant principalement aux Etats-Unis des films au budget conséquent et au casting fameux – Jim Carrey, Jack Black, Kate Winslet. Et même s’il nous avait habitués à quelques projets insolites – l’Usine de films amateurs, le videoblog pour le site des Inrocks –, le voir débarquer sur la croisette avec un film aussi artisanal, interprété par des acteurs amateurs et présenté dans une compétition parallèle, relève véritablement d’un évènement en soi – l’impressionnante audience présente lors de la présentation officielle du film ne viendra pas contredire ce propos. La seconde raison, qui découle finalement de la première, est la nature même du film, puisque celui-ci a pour sujet l’histoire d’un bus du bronx occupé par des adolescents dont la turbulence n’a d’égal que leur excitation à l’idée des vacances scolaires d’été qui débutent.

Décor unique d’un spectacle durant près de deux heures, le bus New-Yorkais est transformé par Gondry en une maison monde où les personnalités, chacune définies par une culture et un comportement propres, s’entrechoquent par des visions de l’existence diamétralement opposées. Au fond du bus, les perturbateurs, irrespectueux de leurs camarades et des autres passagers, bruyants comme si de la hauteur de leur parole dépendait l’avancement du bus. A leurs cotés, deux jeunes filles organisant une soirée d’anniversaire, un couple homosexuel, un guitariste, un autre couple – hétérosexuel cette fois-ci – et, évidemment, l’incontournable tête de turc du collège, mal aimé de tous. A travers ces portraits volontairement stéréotypés, le film enchaine les gags, plus ou moins réussis, avec une certaine obsession pour l’obscène et la cruauté, quitte à perdre toute crédibilité tant l’accumulation des situations extrêmes provoquera inévitablement une rupture dans le récit, le faisant basculer dans la comédie burlesque et non dans la comédie sociale comme ses premiers instants pouvaient le laisser croire. Ce constat est d’autant plus regrettable que la volonté de Gondry est assez énigmatique car, en jouant constamment avec les genres et les tons, force est de constater que The We and the I apparait comme un film dénué de tout enjeu. Est-il à prendre au second degré comme le suggère de nombreuses scènes surréalistes ou, au contraire, serait-il le représentant d’une minorité oubliée que Gondry a souhaité mettre en avant, comme semble le souligner ses interprètes qui, finalement, jouent leur propre rôle ?

Plus dérangeant, le film éprouve toutes les difficultés à exploiter les dramaturgies de son récit aux multiples points de vue, celles-ci ne trouvant malheureusement aucun écho dans la trame narrative. L’amour, l’exclusion, la pitié et même la mort sont autant de thèmes abordés de manière très maladroite, sans véritables conséquences scénaristiques. L’annonce de la mort d’un jeune, en guise d’épilogue dramatique, n’aura par exemple que peu d’intérêt et paraitra extraordinairement providentielle, comme si sa présence n’était là que pour justifier du contenu – pour ne pas dire du remplissage. La capacité du film à émouvoir est ainsi totalement nulle et là réside, incontestablement, sa plus grande faiblesse : dans le moindre de ses plans, The We and the I essaye de transmettre un saisissement qui restera éternellement étranger au spectateur. Faute à un contenu très épais mais finalement très superficiel, Gondry exclut, sans le vouloir, son spectateur des histoires qu’il raconte.

The We and the I serait-il pour autant un « petit » film, un projet secondaire réalisé un peu trop rapidement par un réalisateur ayant la tête ailleurs ? Difficile à dire, mais il est certain qu’il s’agit d’un film qui manque cruellement de profondeur et de consistance pour séduire.

Bruno R.

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