Critique : « Tournée », un film de Mathieu Amalric

Tournée
De Mathieu Amalric
Avec Miranda Colclasure, Suzanne Ramsey
Genre: Comédie

Affiche du film Tournée

Plus d’un mois après Cannes, Tournée arrive dans les salles obscures françaises avec, en prime, la décoration gracieuse du « Prix de la mise en scène » du fameux festival. Vous étiez fâché avec le cinéma français et sa relative médiocrité ? Moi aussi. Mais cela est maintenant une histoire ancienne.

Un film vivant

Joachim, ancien producteur et personnalité du PAF, a tourné la page sur sa vie fade et pleine d’amertumes pour se réfugier aux Etats-Unis. Cet amoureux du spectacle revient aujourd’hui en France accompagné d’une troupe de strip-teaseuse d’un certain « new burlesque », phénomène américain par excellence, pour faire découvrir à la France la joie et la bonne humeur qui en découle.
Tournée est un film exactement à l’image de ses images, à savoir le new burlesque et ses femmes à la chair généreuse. Car en plaçant ses caméras dans les coulisses de cette Tournée rocambolesque, Mathieu Amalric parvient à retranscrire toute la gaieté et tout le naturel de sa troupe.

Vulgaires, bruyantes, parfois provocatrices mais toujours sincères, ces femmes égocentriques et édulcorées débordent d’énergie et font du film un concentré de bonne humeur et un tourbillon de sensualité exigée. Tournée est un film vivant, qui soulage et qui régale, loin des alchimies imposée par nos sociétés contemporaines et nos magazines qui nous enseignent la beauté. Ces femmes sont grasses, tatouées mais resteront toujours féminines et sensuelles.

Certes, les situations, filmées avec une grâce exquise, sont parfois répétitives et pourront paraitre fatigantes pour qui n’aime pas la compagnie bruyante. Car les phrases fusent et éclatent parfois dans tous les sens. Mais là est la force de ce film intimiste au possible : quel naturel ! Bien entendu, ce constant est rendu possible grâce aux interprétations succulentes des différentes actrices, mais aussi et surtout à la réalisation particulièrement réussie du film. Les plans, souvent mouvementés, notamment dans les scènes véhiculées, parfois portraitistes et parfois paysagistes, disposent d’une précision chirurgicale épatante. Le voyeurisme des scènes dansantes, filmées entre deux rideaux, accentue aussi ce rapprochement évident avec ces filles qui ont pourtant tout pour repousser. Le prix de la mise en scène est justifié.

Parfaitement équilibré

Mais Tournée ne se résume pas qu’à un classique documentaire intimiste de cette cavalerie joyeuse. Il dispose aussi d’un réel cachet dramatique et mélancolique, matérialisé par le personnage de Joachim, superbement interprété par Mathieu Amalric. Car la juxtaposition de ce personnage triste et travailleur à sa troupe permet de poser les contours d’un film émouvant et particulièrement moraliste. Cette scène, dans une station essence d’autoroute, où Joachim discute avec cette caissière, est d’un humanisme débordant grâce aux dialogues savoureux des deux interlocuteurs. Une merveille, presque théâtrale, par sa forme burlesque et ses situations cocasses.

Le film est donc parfaitement équilibré grâce à cet échange dramatique et joyeux de personnalités en quête de reconnaissance et d’amour réciproque. Cette troupe est sublime, et cet homme, prêt à mentir pour arriver à ses fins, est émouvant, principalement grâce au charisme inégalé de l’acteur/réalisateur. On acceptera volontiers ce road-trip existentialiste et lunatique. Si Tournée est un film imparfait, il dispose d’une vitalité qui mérite véritablement le détour.

Bruno R.

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