Critique : « Twixt », un film de Francis Ford Coppola

Twixt De Francis Ford Coppola Avec Val Kilmer, Elle Fanning, Fantastique

Affiche du film Twixt

Dès son commencement, Twixt évite les ambiguïtés en affirmant clairement son coté des plus fantaisistes : la voix d’un homme présente au spectateur, d’une manière très imagée et énigmatique, le contexte du film qui commence : Hall Baltimore, un écrivain qui connu le succès il y a fort longtemps, vient présenter son dernier roman fantastique aux habitants d’une mystérieuse petite ville américaine où règne une atmosphère très étrange. Alors qu’il tient son stand de signatures dans une vulgaire droguerie, le vieux sheriff lui demande d’enquêter sur une série de meurtres qui touchent actuellement la ville afin d’en écrire un livre.

Une écriture subtile

Cette manière particulièrement romanesque d’introduire le récit permet à Francis Ford Coppola de fixer très rapidement le périmètre de son film, notamment en établissant, de façon directe voire brutale, la proximité propre aux contes qu’il existe entre l’histoire et le spectateur. Faisant appel à l’intermédiaire que représente ce narrateur impersonnel, le cinéaste parvient alors à installer le conditionnement nécessaire à l’adhésion du public à une histoire qui s’annonce d’emblée plus qu’étonnante. Cette intelligence de traitement va alors permettre au réalisateur de faire passer, de manière étonnement crédible, toutes sortes d’extravagances qui viendront pimenter un film haut en couleur et riche en évènements.

Extravagance est d’ailleurs le mot qui convient surement le mieux à Twixt. Car si son intrigue apparaît, dans un premier temps, extrêmement classique que ce soit dans son déroulement ou dans sa consistance – quoi de plus classique, en effet, que l’histoire d’un écrivain enquêtant sur des meurtres pour en faire un livre ? –, de nombreux évènements viendront rapidement conforter l’idée que Twixt reste avant tout un film qui transpire l’amour du récit cinématographique et de la narration par l’image. Film hommage par excellence, Twixt use de ses nombreuses références littéraires et cinématographiques pour dépeindre un monde fantaisiste et horrifique avec une habilité certaine. L’étirement du temps, l’ingénieuse mise en abyme – l’écrivain devient lui-même l’objet de sa quête – ou encore son caractère pathétique – le père alcoolique depuis la mort de sa fille – donne au film de multiples aspects qui tendent aussi bien vers l’humour – la dérision, le second degré –, l’horreur, le suspens, le drame ou encore le film policier. De ce mélange de genre parfaitement maitrisé découle la grande force du film qui est, incontestablement, sa puissance narrative.

Coppola, artiste audacieux

Derrière l’extravagance d’un récit conditionné par une volonté féroce de tenir à une distance une intrigue simple mais terriblement efficace, se cache alors l’audace, voire le courage, d’une mise en scène aux antipodes de la nature à laquelle appartient le film. Car si Twixt est à la fois héritier de l’œuvre de son créateur, maître incontesté du cinéma américain, mais aussi d’une longue série de films de genre, il n’en reste pas moins un film qui a su se détacher de ses racines, tant le parti pris scénique de Coppola brille pour son impertinence, pour son envie continue de transgresser des codes dictés par l’industrie liberticide que représente Hollywood. Certains crieront au scandale devant, il est vrai, ces nombreuses séquences numérisées au possible – et très souvent vulgaires – tant leur apport au film reste plus que contestable – exemple parmi tant d’autres, la scène se déroulant au sommet d’une falaise, visuellement grotesque. Néanmoins, il parait évident que c’est de cette excentricité visuelle que découle la capacité d’attraction unique du film. Twixt est un film résolument moderne qui use d’un formalisme rétro pour se créer une identité propre. Toute la virtuosité de Coppola vient de cette confrontation, entre passé et futur, dont il est lui-même le symbole le plus frappant, lui qui a su offrir à Hollywood ses années les plus grandioses – désormais lointaines – et qui ne demande qu’à embrasser l’avenir d’un art qui connaît une multitude de bouleversements. La beauté du film réside alors dans son imperfection troublante. Comme écrit précédemment, il suffit d’observer ces nombreuses séquences, à l’intérêt quasiment nul et au rythme atrocement lent, pour se persuader que le film reste une expérimentation partiellement aboutie mais néanmoins réjouissante de caractère.

Troisième film d’une trilogie amorcée par L’homme sans âge et Tetro, Twixt ne peut donc laisser indifférent. S’il ne pourra évidemment pas satisfaire tout le monde – et c’est un euphémisme –, le film de Francis Ford Coppola a le mérite de proposer une vision totalement décalée, voire unique en son genre, du thriller fantastique. Cette audace, venant de l’un des plus grands maitres hollywoodien encore en activité, balaye ainsi à coups d’effets numériques jugés ringards par beaucoup toutes les conventions actuellement établies par un paradigme que l’on croyait imposé à tous. Coppola prouve alors que le cinéma reste avant tout, pour l’artiste, un moyen d’expression totalement libre, pouvant être guidé par la simple force de la volonté. En sortant de la salle, le cinéphile ne pourra que s’en ravir, réjouit d’avoir assisté à une renaissance aussi sincère dans ses intentions que rayonnante dans son résultat.

Bruno R.

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